- Les patients européens attendent plus longtemps pour accéder aux nouveaux médicaments, avec un écart d’accès de 88 % existe entre le pays présentant le délai le plus long et celui ayant le délai le plus court.
- La situation risque d'être aggravée par la mise en place de la politique de la nation la plus favorisée aux États-Unis.
- Les experts de l'EFPIA plaident en faveur d’un accès aux traitements innovants "dès le premier jour" pour "éliminer des mois, voire des années, d'attente liés à la conclusion des discussions nationales sur les prix et le remboursement."
En Europe, les patients attendent plus longtemps pour accéder aux nouveaux médicaments. C’est le constat fait par le nouveau rapport de la Fédération européenne des industries et associations pharmaceutiques (EFPIA). Pour parvenir à cette conclusion, les experts ont analysé l'accès et la disponibilité de 168 traitements innovants, ayant obtenu une autorisation de mise sur le marché centralisée entre 2021 et 2024, dans 36 pays.
Accès aux nouveaux médicaments : les inégalités se creusent entre les États membres
Selon l'indicateur annuel WAIT de l'EFPIA, le délai médian de disponibilité est de 532 jours, allant de 56 jours en Allemagne à 1.201 jours en Roumanie. Un écart d'accès de 88 % existe entre le pays européen présentant le délai le plus long et celui présentant le délai le plus court. "Les données d'approbation des 18 derniers mois indiquent une tendance à la baisse du nombre de médicaments approuvés par la FDA et ensuite approuvés par l'EMA, avec une chute particulièrement marquée depuis octobre 2025."
En 2025, près de la moitié (49 %) des médicaments n’étaient pas disponibles pour les malades en Europe, contre 46 % en 2019. L’an dernier, 17 % des traitements ne sont disponibles que sous certaines conditions, contre 6 % il y a sept ans. En 2025, la part des médicaments intégralement disponibles sur les listes de remboursement publiques a considérablement diminué, passant de 42 % en 2019 à 28 %.
Pourquoi certains Européens attendent des années pour se soigner
D’après l’EFPIA, les origines de l'indisponibilité et des retards d'accès aux nouveaux médicaments sont multifactorielles. Dans la liste des causes, on retrouve la lenteur des procédures réglementaires, les incohérences dans les exigences en matière de preuves ou un budget insuffisant dans les États membres. En outre, le blocage du détroit d’Ormuz, provoqué par la guerre au Moyen-Orient qui a commencé le 28 février dernier, affecte les expéditions essentielles de produits pharmaceutiques et biotechnologiques, selon DSV, expert du domaine du transport et de la logistique.
"Bien qu'il soit prématuré de tirer des conclusions, l'incertitude du marché européen, les difficultés d'accès aux médicaments pour les patients et la priorité accordée par les entreprises au marché américain (qui représente 74,1 % des ventes mondiales de nouvelles substances actives pharmaceutiques contre 15,6 % en Europe) aggraveraient les inégalités d'accès aux médicaments en Europe. Si les tendances actuelles se maintiennent, la Chine dépassera bientôt l'UE en termes d'approbation et de mise sur le marché des médicaments approuvés par la FDA", peut-on lire dans le rapport.
Un accès aux traitements innovants "dès le premier jour"
L’EFPIA indique que les différents obstacles peuvent être surmontés "grâce à une collaboration entre les États membres, la Commission européenne et toutes les parties prenantes concernées." Pour améliorer l'accès aux médicaments pour les patients en Europe, une transformation radicale des procédures, permettant aux patients de bénéficier d'un médicament dès son approbation, est nécessaire. "Cela permettrait aux patients d'accéder aux traitements les plus récents pendant que les processus nationaux d'évaluation des technologies de la santé (ETS) et de remboursement sont menés, dans un délai convenu de 180 jours. Un accès dès le premier jour pourrait éliminer des mois, voire des années, d'attente liés à la conclusion des discussions nationales sur les prix et le remboursement."


