Notre rythme biologique pourrait avoir un impact sur notre santé neurologique. Des chercheurs démontrent que des dérèglements du rythme circadien sont associés à un risque accru de démence. Leurs travaux sont parus dans la revue spécialisée Neurology.
Qu'est-ce qu'un rythme circadien irrégulier ?
"Le rythme circadien est l'horloge biologique interne, rappellent les auteurs dans un communiqué. Il régule le cycle veille-sommeil de 24 heures et d'autres processus corporels comme les hormones, la digestion et la température corporelle." Cette hormone biologique est pilotée par le cerveau mais elle est aussi influencée par l'exposition à la lumière. Les scientifiques parlent de rythme circadien équilibré lorsque l'horloge biologique est synchronisée avec le cycle jour-nuit de 24 heures. "Les personnes dont le rythme circadien est moins régulier sont plus susceptibles de modifier leurs horaires de sommeil et d'activité en fonction des saisons ou des changements d'emploi du temps", précisent-ils.
Une étude sur les liens entre les irrégularités du rythme circadien et le risque de démence
Wendy Wang, l’autrice principale de cette étude, indique que les modifications du rythme circadien sont fréquentes avec l’âge. "Des données suggèrent que les perturbations de ce rythme pourraient constituer un facteur de risque de maladies neurodégénératives comme la démence", souligne-t-elle. Avec son équipe, elle a voulu mieux comprendre les effets de ces décalages et perturbations sur la santé neurologique.
Leurs travaux portent sur plus de 2.000 personnes, âgées en moyenne de 79 ans. Aucune ne souffrait de démence au début de l'étude. Pour analyser leur rythme circadien, les chercheurs ont fourni de petits moniteurs cardiaques aux participants. Ils les ont porté pendant 12 jours, puis ils ont été suivis pendant environ trois ans. Les scientifiques se sont notamment intéressés à l'amplitude relative, "qui mesure la différence entre les périodes d'activité maximale et minimale d'une personne", précisent-ils. Une amplitude relative élevée correspond à des rythmes circadiens plus forts.
Une corrélation entre la démence et le rythme circadien
En prenant en compte des facteurs pouvant influencer le risque de démence, comme l'âge, la pression artérielle et les maladies cardiaques, les chercheurs ont constaté que, comparativement aux personnes du groupe à forte amplitude, celles du groupe à faible amplitude présentaient un risque de démence de 2,5 fois supérieur, "avec une augmentation de 54 % du risque de démence pour chaque écart-type de diminution de l'amplitude relative", complètent-ils. Les scientifiques ont aussi remarqué que les personnes dont le pic d'activité survenait en fin d'après-midi (14h15 ou plus tard) par rapport à celles dont le pic se situait plus tôt (entre 13h11 et 14h14) présentaient un risque accru de 45 % de développer une démence.
"Ce décalage entre l'horloge biologique et les signaux environnementaux, tels que la tombée de la nuit et l'heure tardive, pourrait expliquer cette différence", estiment-ils. L’équipe rappelle toutefois qu’il s’agit d’une étude observationnelle : elle met en avant une corrélation entre la démence et les irrégularités du rythme circadien, mais elle ne permet pas d’établir une relation de cause à effet.



