Tout le monde peut souffrir de stress. Mais certaines situations le rendent inévitables. Dans la revue spécialisée Journal of Molecular Sciences, une équipe de chercheurs polonais s'est intéressée au stress chronique chez les patients atteints de cancer. Ils observent qu’il peut parfois avoir des effets sur la progression de la maladie.
Qu'est-ce que le stress chronique ?
"Le stress est omniprésent dans le cabinet de l’oncologue, rappellent-ils dans un communiqué. Il apparaît dès le diagnostic, s’intensifie à chaque étape du traitement et persiste souvent même après la fin officielle de la thérapie." Ces scientifiques de l’université de Wroclaw soulignent qu’en cas de cancer, le stress prend plusieurs dimensions : anxiété, tristesse, facteurs sociaux, professionnels, familiaux et même existentiels. Devenu chronique, il a un impact prolongé sur la capacité d’adaptation de l’organisme. "Il ne s’agit pas d’une réaction ponctuelle à un évènement difficile, mais d’un état dans lequel les systèmes responsables de la réponse aux menaces restent actifs pendant des semaines, voire des mois", développent-ils.
Quels sont les liens entre stress chronique et cancer ?
Dans leurs travaux, ils ont analysé les données de différentes études sur quatre types de cancer : sein, prostate, pancréas et ovaire. Ils se sont notamment intéressés à différentes données dont le stress chronique, le stress psychologique, les psychothérapies et la survie à cinq ans. Ils ont ainsi observé trois liens entre cancer et stress chronique. D’abord, leur recherche montre un lien entre stress et hormones. "Le stress chronique entraîne une activation persistante de l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HHS) et du système nerveux sympathique, indiquent-ils. Concrètement, cela se traduit par une augmentions durable des taux de cortisol, d’adrénaline et de noradrénaline." Katarzyna Herbteko, co-autrice de cette étude, explique que le stress chronqiue met le corps dans un état d’alerte permanent. "Ceci est associé à une inflammation accrue et à une immunosuppression, ce qui peut favoriser la progression tumorale et affaiblir la réponse au traitement", développe-t-elle.
C’est l’une des autres observations de leurs travaux : le stress chronique a des conséquences sur le système immunitaire. "Une exposition prolongée au cortisol et aux catécholamines peut affaiblir la surveillance immunitaire et favoriser une inflammation chronique de bas grade, poursuivent-ils. Ce contexte est propice à la survie, à la multiplication et à l’échappement de cellules cancéreuses face aux mécanismes de contrôle." Enfin, l’équipe de scientifiques polonais a observé un lien entre le stress chronique et l’environnement de la tumeur. D’après leurs conclusions, il peut avoir des effets sur l’angiogenèse, soit la migration des cellules cancéreuses.
Stress chronique : des effets variables selon le type de cancer
"Le stress chronique n’affecte pas tous les cancers de la même manière", alertent-ils. Ils notent que pour les cancers dits de bon pronostic, avec des taux de survie à cinq ans plus élevés, comme celui du sein ou de la prostate, le stress se manifeste par une incertitude chronique. Dans le cancer du pancréas ou de l’ovaire, les cas de dépression et de détresse psychologique sont plus fréquents.
Pour les auteurs, dans ce contexte, la psychothérapie n’est pas uniquement un soutien émotionnel. "Les données montrent que les interventions psychologiques peuvent réduire l’anxiété et la dépression, améliorer la qualité de vie et agir sur les marqueurs du stress et de l’inflammation tels que les taux de cortisol et certaines cytokines", indiquent-ils. Ces spécialistes appellent toutefois à la prudence et rappellent qu’il n’existe pas de corrélation simple entre psychothérapie et survie. "Nous observons des changements biologiques réels et mesurables, mais l’état actuel des connaissances ne permet pas de tirer de conclusions claires concernant la mortalité", conclut Katarzyna Herbteko.



