- Près d'un Français sur deux dépasse au cours de sa vie les valeurs sanitaires de référence liées au cadmium, un métal lourd classé comme cancérogène mutagène et toxique pour la reproduction.
- Cette partie de la population est plus exposée à cette substance en raison de l’alimentation, qui représente jusqu’à 98 % de l’imprégnation au cadmium.
- Chez les fumeurs, le tabac constitue une source supplémentaire d’imprégnation à ce métal.
Naturellement présent dans les roches, le cadmium est un métal lourd qui est de plus en plus présent dans les sols à cause des activités humaines, notamment agricoles et industrielles. De précédentes enquêtes, publiées par Santé publique France et datant de 2021, ont fait état d'une situation préoccupante liée aux expositions au cadmium de la population française. Problème : cette substance est classée comme cancérogène (poumons, pancréas, vessie, prostate et sein), mutagène et toxique pour la reproduction. En cas d’exposition prolongée, même à faible dose, le cadmium entraîne des problèmes rénaux, pouvant évoluer à terme vers une insuffisance rénale et une fragilité osseuse, augmentant le risque d’ostéoporose et de fractures. Les autorités sanitaires ont également identifié des effets secondaires sur le neurodéveloppement et le système cardiovasculaire.
Cadmium : près de la moitié des Français y sont trop exposés
Face à ces risques, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a décidé d’évaluer l’ensemble des sources et voies d’exposition à ce métal tout au long de la vie. Dans le cadre de son expertise, elle a étudié l’ensemble des sources d’expositions possibles : alimentation, eau, air, poussières, sol, produits cosmétiques, tabagisme, ainsi que les différentes voies d’exposition (ingestion, inhalation, cutanée). Après avoir analysé des échantillons de sang et d’urine de la population française, l’autorité sanitaire a constaté que près de la moitié des Français dépasse au cours de leur vie les valeurs sanitaires de référence. "Il s’agit des valeurs sanitaires repères biologiques par tranche d’âge, ce qui correspond à une imprégnation à ne pas dépasser à l’âge de 60 ans, compte-tenu du caractère bioaccumulable du cadmium dans l’organisme."
L’alimentation représente "jusqu’à 98 % de l’imprégnation au cadmium dans la population non fumeuse"
Les données ont mis en avant une surexposition d’une partie de la population française au cadmium. "L’alimentation est de loin la source majeure d’exposition, représentant jusqu’à 98 % de l’imprégnation au cadmium dans la population non fumeuse. (…) Chez les fumeurs, le tabac constitue une source supplémentaire d’imprégnation au cadmium." Pour rappel, le cadmium, dont la première source sont les engrais minéraux phosphatés, se retrouve dans les aliments en pénétrant dans les végétaux par leurs racines, puis contamine la chaîne alimentaire. Ce métal est particulièrement présent dans certains produits céréaliers, comme les céréales du petit-déjeuner, les pains et les produits de panification sèche, les viennoiseries, les pâtisseries, les gâteaux et les biscuits sucrés, les pâtes, le riz et le blé ainsi que les pommes de terre et certains légumes. D’après l’Assurance Maladie, les teneurs en cadmium sont également élevés dans les mollusques, les crustacés, les algues et les abats (foie, rognons).
Manger bio pour réduire l'exposition au cadmium ?
Afin de réduire son exposition à cette substance cancérogène, il est conseillé aux Français de moins consommer les aliments riches en cadmium. Cependant, les autorités sanitaires précisent que "des aliments très contaminés mais consommés occasionnellement contribuent moins à l’exposition globale que des aliments moins contaminés mais consommés quotidiennement. Par exemple, le chocolat contribue pour moins de 3 % de l’exposition quelle que soit la classe d’âge considérée de la population française. Il ne fait donc pas partie des aliments les plus contributeurs." En outre, l’Assurance Maladie signale que l'alimentation bio ne permet pas, à elle seule, d’éviter l’exposition au cadmium. En effet, les aliments peuvent donc contenir du cadmium en raison de l’utilisation de certaines matières fertilisantes, autorisées en agriculture biologique.
Néanmoins, les consommateurs peuvent introduire davantage de légumineuses dans les repas à la place des aliments à base de blé comme les pâtes afin d’être moins exposés au cadmium. Ils peuvent aussi se tourner vers des produits moins contaminés, comme la viande issue des animaux d’élevage (qui doit tout de même être consommés avec modération en raison des risques de cancer colorectal), les chairs de certains poissons (cabillaud, truite, merlu), le miel, les fruits et le lait. Autre recommandation : varier les sources d’approvisionnement : alterner les denrées provenant de différentes zones ou filières pour éviter une exposition répétée au cadmium. "Pour les fumeurs, réduire et arrêter la consommation de tabac dès que possible, principale source supplémentaire d’exposition au cadmium."
Si "aucune action n’est mise en place, des effets néfastes à terme sont probables pour une part croissante de la population"
En parallèle, la mise en place d’actions collectives, pour diminuer durablement les teneurs en cadmium dans les principaux aliments contributeurs, est essentielle. Les autorités sanitaires exigent d’agir sur les sources de contamination, en limitant la contamination des sols agricoles. Cela implique notamment d’appliquer des valeurs limites pour le cadmium dans les matières fertilisantes utilisées en agriculture. "Si les niveaux d’expositions actuels se maintiennent et qu’aucune action n’est mise en place, des effets néfastes à terme sont probables pour une part croissante de la population", a déclaré Géraldine Carne, coordinatrice de l’expertise à l’Anses.


