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Hantavirus : comment l’Argentine a traité l’épidémie de 2019

Le foyer d’hantavirus détecté sur le navire MV Hondius ravive le souvenir d’Epuyén, un village argentin frappé par une épidémie meurtrière en 2018. Voici comment l’Argentine a contenu la transmission du virus.

Hantavirus : comment l’Argentine a traité l’épidémie de 2019 Professor25 / istock




L'ESSENTIEL
  • Une épidémie d’hantavirus Andes a frappé le village d’Epuyén en 2018.
  • La transmission entre humains s’est faite lors de fêtes et de funérailles.
  • Le confinement imposé en Argentine est devenu une référence mondiale.

Une fête d’anniversaire, quelques embrassades, puis une série de décès qui plonge un village entier dans la peur. Huit ans après l’épidémie d’hantavirus qui a frappé Epuyén, en Patagonie argentine, le foyer détecté début mai 2026 sur le navire de croisière MV Hondius remet sous les projecteurs cette souche rare capable de se transmettre entre humains. Une expérience devenue aujourd’hui un cas d’école pour les épidémiologistes, rapporte RFI.

Une fête qui a fait basculer tout un village

Le 3 novembre 2018, plus d’une centaine de personnes participent à un anniversaire à Epuyén, petite localité nichée entre lacs et forêts. Parmi les invités se trouve un ouvrier agricole de 68 ans, récemment exposé à des rongeurs porteurs du virus Andes. Il présente déjà des symptômes grippaux. Selon l’étude publiée en 2020 dans le New England Journal of Medicine, cet homme contamine cinq personnes en seulement 90 minutes. Deux étaient assises à moins de 30 centimètres de lui, d’autres à plus d’un mètre. Une femme aurait même été infectée après un bref échange près des toilettes. "À l’époque, on savait très peu de choses sur la maladie", rappelle Jorge Díaz, épidémiologiste au ministère de la Santé de Chubut, cité par l’AFP et RFI. La souche Andes reste unique parmi les hantavirus : elle est la seule connue capable de transmission interhumaine.

L’épidémie s’accélère rapidement. Un homme contaminé lors de la fête transmet ensuite le virus à six personnes avant de mourir. Sa veillée funèbre devient un nouveau foyer de contamination : dix proches tombent malades dans les semaines suivantes. Au total, 34 cas et 11 décès sont recensés entre novembre 2018 et février 2019. "Notre expérience avec ce virus est très limitée", expliquait à CNN le microbiologiste Gustavo Palacios, de l’Ecole de médecine Icahn du Mont Sinaï à New York. Les chercheurs découvrent alors que la contagiosité est particulièrement forte au moment de l’apparition de la fièvre et lors de contacts rapprochés : repas partagés, soins aux malades ou cérémonies familiales.

Un confinement devenu une référence

Face à la flambée, les autorités argentines mettent en place un dispositif inédit : l’"isolement respiratoire sélectif". Toute personne ayant eu un contact étroit avec un malade doit rester confinée jusqu’à 45 jours, porter un masque et être suivie quotidiennement. Jusqu’à 142 habitants seront isolés dans ce village de quelques milliers d’habitants. Les écoles adaptent leur fonctionnement, les rues se vident et des hôpitaux se ferment.

Cette stratégie radicale permet de casser les chaînes de transmission. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) saluera ensuite la réactivité des équipes médicales et l’efficacité des protocoles mis en place. "Si nous suivons les mesures de santé publique et les enseignements tirés de l’expérience argentine, nous pouvons briser cette chaîne de transmission", a récemment déclaré Abdi Rahman Mahamud, responsable des alertes et ripostes de l’OMS.

Aujourd’hui encore, aucun vaccin ni traitement spécifique n’existe contre le hantavirus Andes. Mais l’expérience d’Epuyén sert désormais de modèle, y compris pour gérer le foyer apparu en 2026 à bord du MV Hondius.

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