• CONTACT

QUESTION D'ACTU

Individualisme

Pourquoi le recul du sentiment religieux génère de l’anxiété chez les jeunes ?

Une étude menée dans 70 pays suggère un lien entre recul du sentiment religieux et hausse des troubles anxieux chez les enfants et adolescents. En cause : la disparition des repères collectifs et la montée de l’individualisme dans les sociétés occidentales.

Pourquoi le recul du sentiment religieux génère de l’anxiété chez les jeunes ? Tinnakorn Jorruang / istock




L'ESSENTIEL
  • Le recul de la religiosité pourrait être lié à une hausse de l’anxiété chez les enfants.
  • L’environnement social joue un rôle clé dans leur équilibre mental.
  • De nouvelles formes de lien social deviennent essentielles.

Ecole, famille ou encore religion : les modèles sociaux d’éducation ont profondément changé au fil des dernières décennies. Ils ont désormais tendance à valoriser davantage l’autonomie et l’individualité que l’esprit collectif. Or, une vaste étude internationale, publiée dans la revue Developmental Science, révèle aujourd’hui que certaines de ces transformations pourraient s’accompagner d’une hausse de l’anxiété chez les enfants et les adolescents. Les chercheurs sont arrivés à ce constat en croisant plusieurs bases de données issues de 70 pays entre 1989 et 2022, dont le World Values Survey et le Global Burden of Disease. L’objectif initial : observer l’évolution des troubles anxieux chez les personnes de leur naissance jusqu’à leurs 19 ans.

Des valeurs éducatives en pleine mutation

"Les idéaux sociaux sur la façon dont les enfants doivent se comporter ont considérablement changé", avance Leonard Kulisch, auteur principal des travaux, dans un communiqué. Selon lui, dans les pays occidentaux notamment, la notion d’obéissance, par exemple, a laissé place à des valeurs comme l’indépendance et l’individualité. "Parce que ces attentes ont évolué, nous avons voulu savoir si ces nouveaux modèles étaient corrélés à une hausse de l’anxiété chez les jeunes."

L’un des résultats les plus marquants concerne la place de la religion parmi la population. Il apparaît que, dans les pays où celle-ci a perdu de l’importance dans l’éducation des enfants, les troubles anxieux ont augmenté chez les jeunes. Une des raisons, selon les scientifiques, est que le sentiment religieux, "la religiosité peut agir comme un facteur protecteur en favorisant un sentiment de sens et de lien social". Autrement dit, au-delà des croyances individuelles, c’est l’environnement collectif que cette religiosité implique qui jouerait un rôle clé.

Une autre étude mentionnée par les chercheurs, menée aux Etats-Unis sur près de 5.000 enfants de 3 à 15 ans, tend à confirmer cette hypothèse : les enfants qui évoluaient dans un environnement social plus religieux présentaient moins de symptômes anxieux, et ce, indépendamment des convictions de leurs parents. 

Recréer du lien autrement

Ce recul de la religion dans nos sociétés pourrait laisser un vide social, selon l’étude. "Les familles sont plus isolées et les routines disparaissent, note Leonard Kulisch. Or, ces éléments jouent un rôle fondamental dans la stabilité émotionnelle des enfants." Le chercheur insiste également sur le fait que "la religiosité apporte souvent un cadre, des repères et un sentiment d’appartenance qui peuvent protéger face à l’anxiété" – des repères qui s’avèrent essentiels au développement psychologique.

"Nos sociétés de plus en plus laïques doivent aider les enfants à développer un sentiment de sens et d’appartenance sans religion", estime Kulisch. A ce titre, il appelle les parents et les responsables politiques à renforcer toutes les autres formes de cohésion sociale : activités associatives, engagement citoyen, programmes scolaires favorisant l’appartenance...

Vous aimez cet article ? Abonnez-vous à la newsletter !

LES MALADIES