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Excision : l’Egypte veut renforcer les peines de prison

L'Egypte devrait allonger la durée de la peine de prison qui s'applique aux auteurs d'une excision. Dans un pays où 70 % des jeunes  femmes ont subi une mutilation.

Excision : l’Egypte veut renforcer les peines de prison MONUSCO Photos/Flickr

  • Publié 30.08.2016 à 15h42
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Les mutilations génitales féminines ont beau être interdites, elles continuent de faire de nombreuses victimes en Egypte. La dernière en date a succombé à l’intervention en juin dernier, suscitant l’indignation dans le pays.
Le 28 août, le gouvernement a rappelé sa volonté de renforcer la législation. Jusqu’à sept ans de détention : voilà ce qui attend toute personne qui a pratiqué une excision et se retrouve devant la justice. Les proches à l’origine de l’opération encourent, quant à eux, un à trois ans de réclusion. Le gouvernement égyptien a donné son accord à ce texte de loi qui doit encore être débattu devant le Parlement.

 

Une loi peu appliquée

Avec cette nouvelle législation, l’Egypte renforce un dispositif déjà cadré depuis 2008. Sauf « nécessité médicale », toute mutilation génitale féminine est interdite dans ce pays. Mais cette avancée récente reste modérée. Dans les faits, il a fallu attendre 2015 pour qu’un premier médecin soit condamné après la mort d’une adolescente. L’application de la peine s’est montrée plutôt souple : l’homme était condamné à deux ans et trois mois de prison. Il n’en aura effectué qu’un trimestre. A ce jour, les condamnations restent marginales.

Résultat logique de ce laxisme, l’excision reste largement pratiquée en Egypte. En raison même de son interdiction, les statistiques sont disparates en la matière. Une étude menée en 2000 a signalé que 96,6 % des femmes ont été mutilées, et ce quelle que soit leur religion. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), qui a officiellement pris position contre ces interventions inutiles et dangereuses, se fait l’écho de données plus mesurées. Entre 1985 et 2015, la part de jeunes filles victimes de mutilations est passée de 97 à 70 %. Un recul qui reste largement insuffisant.



L’hésitation des médecins

Le problème est d’autant plus épineux que les médecins eux-mêmes adoptent une position ambiguë sur l’excision. L’école de médecine de l’université de Stanford (Californie, Etats-Unis) s’est penchée sur le dossier. Une économiste de la santé et une démographe ont publié ce 25 août les résultats d’entretiens avec 410 Egyptiennes vivant dans la banlieue du Caire ou dans une ville semi-rurale, dans International Pespectives on Sexual and Reproductive Health.

92 % des mères ont elles-mêmes été excisées dans leur enfance. Leurs témoignages révèlent l’ampleur de la problématique : elles sont tiraillées entre l’interdiction, les campagnes d’information, la crainte des complications et les traditions familiales. Car l’excision, en Egypte, remonte à l’ère des pharaons. Elle était supposée « purifier » les femmes de leur désir charnel.

En dernier recours, un tiers des mères se tourne vers le médecin. « Les femmes entendent des messages ambigus et ne savent pas quoi faire, elles attendent donc la décision finale du médecin », résume Sepideh Modrek, qui signe ces travaux. Mais cette parole savante peine à s’imposer car ces professionnels ne fournissent pas de réponse claire : certains demandent une consultation ultérieure, d’autres éludent.

200 millions de femmes

« Le médecin est perçu comme la voix de la raison, la plus légitime. D’après les femmes que nous avons interviewées, ils ne prennent pas position pour affirmer qu’elles n’en ont pas besoin », déplore Sepideh Modrek. Sans doute parce que ces mêmes professionnels de santé sont ceux qui pratiquent la mutilation génitale, même si 61 % des interventions sont réalisées à domicile.

Les risques sont pourtant réels. Comme le rappelle l’OMS, les excisions peuvent provoquer des infections, des hémorragies et un décès. A plus long terme, elles sont parfois à l’origine de troubles urinaires ou sexuels et de complications de la grossesse.
L’Egypte est loin de constituer un cas isolé dans cette atteinte manifeste aux droits des femmes. 200 millions de femmes ont subi une mutilation génitale dans 30 pays.

Certains n’ont pas l’intention de suivre les recommandations de l’OMS. Le mufti Ismaïl Berdiev, chef du Centre de coordination des musulmans dans le Caucase du Nord, a déclaré le 17 août que l’excision était nécessaire pour lutter contre « l’immoralité sexuelle ». Un long chemin reste à parcourir.

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