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QUESTION D'ACTU

Journée internationale

Excision : 53 000 femmes victimes en France

Excision : 53 000 femmes victimes en France Association ACZA - Martha Diomandé

  • Publié 06.02.2016 à 15h02
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ENQUÊTE. La journée internationale de Tolérance Zéro aux mutilations sexuelles a lieu ce samedi. La France s'est imposée comme un modèle pour lutter contre la pratique, mais 53 000 femmes excisées vivent toujours dans l'Hexagone.

Elles sont 53 000 à vivre sur le sol français. Elles ont entre 5 et 70 ans et viennent de pays variés, principalement du continent africain ou du Moyen-Orient. Elles ont un emploi et sont bien insérées dans la société, ou sont au contraire dans des situations précaires. Leurs histoires personnelles sont très différentes, mais toutes partagent un point commun : elles ont subi, souvent avant l’âge de 10 ans, des mutilations sexuelles. 

L'excision consiste à retirer une partie des organes génitaux extérieurs des fillettes ou des adolescentes, avec des conséquences sur la santé physique désastreuses, à court comme à long terme. Elle persiste néanmoins parce qu’elle constitue une norme sociale que de nombreuses familles se sentent obligées de respecter (voir encadré à la fin).

 

L'histoire de Martha

La pétillante Martha Diomandé est l’une de ces femmes qui vit en France. Attablée dans un café parisien, quelques jours avant la Journée Internationale de zéro tolérance aux excisions, elle raconte son histoire d’une voix posée.

Martha est venue s’installer dans l’hexagone il y a plus de dix ans, lorsqu’une guerre civile l’a chassée de sa Côte d’Ivoire natale, en 2004. Danseuse professionnelle, elle connaissait déjà bien la France, s’étant produite sur les scènes du pays pendant toute son adolescence.

De son excision, Martha ne garde que peu de souvenirs : elle se rappelle avoir ressenti une grande douleur, mais aussi avoir été très entourée et choyée par les femmes de sa famille. Elle n’avait que sept ans.

C’est sa grand-mère, elle même exciseuse, qui a décidé que le moment était venu. « Ma grand-mère était clairvoyante, et elle a prédit que la danse m’emmènerait loin de mon village. J’ai donc été excisée particulièrement tôt », confie Martha.

Dans son village de Kabakouma, dans l’Ouest du pays, la grande majorité des femmes est excisée au cours d’une grande célébration, un rituel qui marque le  passage vers l’âge adulte. Après l'excision, les femmes n’abordent plus jamais le sujet.

 

Un déclic à double tranchant

C’est à l’occasion d’une conférence organisée par le GAMS, l’une des associations françaises les plus engagées sur le sujet, que tout a basculé. « Chez moi, l’intime est tabou, on ne parle pas de ce qui nous est arrivé, on n'échange pas sur nos douleurs. Cela m’a permis de mettre des mots sur mon expérience », raconte Martha.

Pourtant cette rencontre lui a aussi, paradoxalement, laissé un goût amer, en s’apercevant que la pratique était perçue comme un crime. « En France, on voit l’excision comme un crime. Les militantes me parlaient de mutilations et cela m’a choquée, parce que c’était tellement normal dans mon village. J’ai eu l’impression qu’on attaquait ma culture et que l’on ne cherchait pas à comprendre », déplore- t-elle.

Dans l'hexagone, l’action des associations comme le GAMS a permis à la parole de nombreuses femmes comme Martha de se libérer. Elle a aussi poussé les hommes à s’investir contre la pratique.

« Il y a vraiment eu un avant et un après. Dans les années 1980-1990, c'était difficile d'accéder aux femmes, et les pères étaient absents. A partir des années 2000, les femmes ont commencé à oser parler de leur sexualité et aborder leurs souffrances. Les pères ont commencé à craindre pour la santé de leurs filles », se souvient Isabelle Gillette-Faye, présidente du GAMS.

Cette prise de conscience s’est fait progressivement, grâce au renforcement de la loi contre l’excision. La France est ainsi le premier pays en Europe à avoir traduit des exciseuses en justice, à l’occasion de procès très médiatisés, dans les années 80.

Ces cas ont fait jurisprudence, et le code pénal sanctionne désormais ces pratiques, même s’il ne fait pas expressément mention de mutilations sexuelles. Des peines de prison pouvant aller jusqu’à 15 ans, ainsi que de lourdes amendes peuvent être imposées à toute personne « ayant entraîné des mutilations ou une infirmité permanente » ou « ayant entraîné la mort, sans intention de la donner ».

La loi permet aussi une répression des mutilations sexuelles commises à l’étranger sur des enfants français, ou vivant en France. Enfin, en 2013 et en 2015, de nouvelles dispositions ont été prises pour criminaliser toutes tentatives d'inciter des mineures à subir une excision, et pour mieux protéger celles qui demandent le droit d’asile.

 

 

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Entamer le chemin de la guérison

Le choc de Martha lorsqu’elle a appris que l’excision était criminelle en France montre que le modèle n’est pas nécessairement transposable à tous les pays. En Côte d’Ivoire par exemple, l’excision est illégale depuis 1998, mais elle est tellement ancrée dans les traditions ancestrales qu’elle ne recule pas.

Une fois ce choc passé néanmoins, la grande majorité des victimes d’excision accueille avec soulagement les évolutions du droit. Le travail des associations comme le GAMS, qui osent de plus en plus parler d’excision, a conduit certaines femme à s'indigner et à rejeter complètement la pratique.

Certaines, blessées dans leur identité, vont alors entamer un long travail de réflexion qui les mène parfois à la chirurgie réparatrice, afin de solutionner ce qu’elles vivent comme une vraie injustice (voir papier 2). Les taux de satisfaction suite à la chirurgie dépassent d’ailleurs les 90 %. Pour ces femmes, laisser derrière elles leur statut de victime est une libération.

 

Emanciper les femmes

Que ce soit en France ou dans les pays où la pratique est répandue, la lutte doit dans tous les cas passer par ce travail auprès des femmes. La pratique recule lorsque celles-ci sont émancipées et capables de subvenir à leurs propres besoins.

 « On m’a souvent accusée de ne pas dénoncer l’excision avec suffisamment de force, car je ne pas condamne pas les femmes qui la pratiquent. Je suis opposée à l’excision et je veux que cela cesse, mais pour cela, on ne peut pas traiter les exciseuses comme des criminelles. Jeter des vieilles femmes en prison, ce n’est pas une solution. Il faut les former, pour faire évoluer leurs pratiques » martèle Martha.

Elle même a décidé de créer une « maison des femmes » dans son village natal, où les exciseuses peuvent se former au métier d’accoucheuses, et conserver ainsi leur statut social. Des réunions y sont aussi organisées pour aborder des sujets liés à la santé et la sexualité.

En France, des initiatives de sensibilisation similaires, au niveau local et auprès des différentes communautés, fonctionnent très bien. Dans le 93, le département le plus touché par la pratique, l’Association Femmes Solidaires profite de la journée internationale pour mener des mini formations ciblées sur les habitantes du département. Des espaces de discussion réservées aux femmes sont proposés chaque semaine à Bobigny.

« On a encore des poches de résistance qui subsistent, notamment chez les Ivoiriens ou les Guinéens, alors que dans d’autres communautés, ça disparaît. C’est en continuant les efforts de sensibilisation auprès des femmes, leurs époux, et des professionnels de santé, qui sont leurs premiers interlocuteurs, qu’on endiguera la pratique », conclut Isabelle Gillette-Faye.

 

Une pratique ancestrale

Les derniers chiffres de l’Unicef font état de plus de 200 millions de femmes excisées à travers le monde, 25 % d’entre elles avant l’âge de 14 ans. La plupart d’entre elles vivent sur le continent africain, mais l’excision se pratique aussi en Asie du Sud Est, et dans quelques cas, en Amérique du Sud.

Il s’agit le plus souvent d’une pratique ancestrale qui trouve ses origines dans la culture et les traditions populaires. Dans les communautés qui la pratiquent, elle constitue une norme sociale à laquelle il est très difficile de déroger. Dans certains cas, les femmes ne peuvent être mariées sans avoir été excisées.

De nombreux chercheurs estiment que les débuts de la pratique seraient antérieurs aux débuts du christianisme et de l’islam, et qu’elle aurait été très développée dans l’Egypte des Pharaons.

Contrairement à ce qui est souvent rapporté, les mutilations sexuelles féminines ne sont pas des pratiques religieuses, aucun texte religieux ne les mentionne. Elle est aussi bien pratiquée chez les musulmans, que chez les chrétiens ou les animistes. La plupart des sociétés voient plutôt l’excision comme un rite de passage vers l’âge adulte.

Toutefois, certains mouvements justifient l’excision par leurs croyances, car ils font une lecture erronée de leurs dogmes religieux. Ces mouvements prônent souvent plus globalement une répression des femmes, avec une volonté de contrôler leur sexualité et de perpétuer des inégalités entre les sexes. Les mutilations sexuelles s’insèrent parfaitement dans ce cadre.

Isabelle Gillette-Faye s’inquiète d'ailleurs de la montée des extrémismes et du communautarisme en France, craignant que cela ne conduise à une recrudescence de la pratique, dans certains groupes où elle avait disparu.

 

 

Lire la suite de notre enquête

Lutte contre l'excision : le modèle français

 

 

#Excision : Les femmes brisent le tabou bit.ly/1Kxh62A

Posté par Pourquoidocteur sur samedi 6 février 2016
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