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Marqueurs tumoraux

Cancer du colon : un test sanguin pour évaluer les risques de récidive

Par Anne-Laure Lebrun

Grâce à un test sanguin détectant les marqueurs tumoraux, il est possible d'identifier les patients à risque de rechute et évaluer l'efficacité des traitements. 

Tanagron/epictura

Repérer tôt les signes de la rechute d’un cancer est l’un des enjeux majeurs de la cancérologie. Un défi que semble pouvoir relever le test sanguin développé par des chercheurs du centre de recherche Ludwig. Présentée cette semaine dans la prestigieuse revue Science Translational Medicine, cette découverte est une étape importante dans le développement de test non-invasifs et plus efficaces que ceux existants.

L’équipe de recherche, en collaboration avec des chercheurs de l’université de Melbourne (Australie) et du centre de cancérologie Kimmel de John Hopkins (Etats-Unis) se sont concentrés sur le cancer du colon car les tests utilisés aujourd’hui ne permettent pas de prédire les risque de récidive.


Plus efficaces que la radiologie

Guidés par les progrès technologiques et les avancées en génétique, les chercheurs ont mis au point un test sanguin capable de détecter l’ADN tumoral circulant (ADNct), des petits fragments d’ADN libérés dans le sang par les cellules cancéreuses à leur mort.
Grâce à cette technique, aussi appelé biopsie liquide, les chercheurs peuvent jauger le risque de rechute car la quantité d’ADNct est proportionnelle à la quantité de cellules cancéreuses. Leurs travaux suggèrent même qu’il peut détecter la maladie résiduelle bien avant les examens radiologiques. Mieux encore, il permet d’évaluer l’efficacité de la chimiothérapie réalisée après une opération.

« Nous avons réussi à identifier l’unique fragment d’ADN tumoral parmi les 10 000 fragments sains circulant dans le sang des malades, explique réjouie Jeanne Tie, chercheuse au centre Ludwig et responsable des travaux. Nous n’avions pas encore atteint ce niveau de sensibilité dont nous avions besoin, mais c’est maintenant chose faite ».

Pour y arriver, les scientifiques ont collecté et analysé des échantillons sanguins prélevés chez 230 patients souffrant d’un cancer colorectal. Entre 4 et 10 semaines après l’ablation de leurs tumeurs, les participants ont à nouveau réalisé des prises de sang.
Après l’opération, 20 patients ont encore présenté de l’ADNct dans leur sang, et parmi ces derniers, 80 % ont rechuté dans les deux ans. Et sur les 164 patients ne présentant plus d’ADNct, 10 % ont vu leur cancer réapparaître. « Un test positif signifie que les cellules à l’origine de la tumeur se cachent quelque part dans l’organisme », indique Peter Gibbs, co-auteur de l’étude.


Médecine personnalisée

Ainsi, après leur opération, 6 patients ayant eu un résultat positif ont subi une chimiothérapie pour éliminer les cellules restantes. Là encore, les chercheurs ont collecté le sang des malades afin de suivre l’évolution de la maladie, mais également l’efficacité des traitements.
Ils ont alors observé que les tests étaient négatifs pour deux patients. « Pour un oncologue, c’est sûrement l’aspect le plus intéressant de la détection des ADNct car il peut être utilisé non seulement pour déterminer le risque de rechute mais aussi d’évaluer en temps réel les bienfaits de la chimiothérapie », souligne Peter Gibbs.

A terme, les chercheurs espèrent que la biopsie liquide remplacera la biopsie des tumeurs, l’examen de référence aujourd’hui, pour suivre l’évolution des cancers. Autres promesses de cette technique : le dépistage précoce et le développement de la médecine personnalisée en identifiant les mutations spécifiques à chaque patient directement dans leur sang.