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QUESTION D'ACTU

Deux arrêtés parus au JO

Cabines de bronzage : la réglementation déçoit les dermatologues

Deux arrêtés relatifs aux appareils de bronzage sont parus au JO ce mercredi. Ils visent à renforcer la sécurité des utilisateurs. Les dermatologues parlent de "poudre aux yeux". 

Cabines de bronzage : la réglementation déçoit les dermatologues DURAND FLORENCE/SIPA

  • Publié 31.10.2014 à 07h30
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Une séance d'UV dans une cabine de bronzage est loin d'être une pratique anodine. Elle correspond à une exposition de même durée sur une plage des Caraïbes sans protection solaire. Résultat, augmenter sa dose totale d'UV reçue en une année en pratiquant des UV artificiels pour bronzer, c'est augmenter son risque de développer un cancer cutané, s'accordent pour dire tous les dermatologues.

Dans ce contexte, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) a déjà recommandé « la cessation, à terme, de tout usage commercial du bronzage par UV artificiels et de la vente d’appareils délivrant des UV artificiels à visée esthétique. »
Le gouvernement, lui, a fait le choix de renforcer la réglementation de ces machines pour plus de sécurité. Deux arrêtés en ce sens sont parus au JO ce mercredi 29 octobre. Pour les experts interrogés par pourquoidocteur, cette nouvelle réglementation est de la "poudre aux yeux".

L'absence de contrôle pointée du doigt
Sur le premier arrêté qui précise les conditions présidant à la traçabilité des appareils, les déclarations obligatoires qui doivent être remplies par les exploitants, et les modalités d’accréditation des organismes chargés de leur contrôle « ça ne changera absolument rien », pense le Dr Emmanuel Mahé, dermatologue au Centre Hospitalier Victor Dupouy d’Argenteuil. 
« Il y avait déjà une réglementation française sur les cabines de bronzage considérée comme l'une des plus dures au monde. Mais le problème n'est pas la réglementation, le problème est de contrôler ce qui est fait et surtout ce qui n'est pas fait. Or ici il n'y a aucun controle de prévu, et s'il y a un non-respect de la réglementation, il n'y aucune répression », rajoute-t-il. Un exemple emblématique de cette situation selon lui : la notion ambiguë de formation chez ceux qui vendent du bronzage. Ce spécialiste rappelle qu'aucun diplôme validé scientifiquement par des autorités sanitaires n'existe actuellement pour travailler dans un institut de bronzage. 

Ecoutez le Dr Emmanuel Mahé, dermatologue au Centre Hospitalier Victor Dupouy (Argenteuil) : « Ce sont des formations organisées par des écoles d'esthéticiennes. Et surtout par les centres de bronzage qui font leur auto-formation. »


UV : de fausses vertus véhiculées par les instituts
Autre anecdote attestant une nouvelle fois qu'il n'y a aucun contrôle de ces instituts : lors d'une réunion avec un grand réseau français de cabines de bronzage, le Dr Emmanuel Mahé raconte qu'il a vu circuler une feuille de « diagnostic bronzage » truffée d'incohérences scientifiques. Avec en plus des conseils prodigués mettant en danger la santé des clients.

Ecoutez le Dr Emmanuel Mahé : « Ils ont une feuille de "diagnostic bronzage" (grains de beauté, phototypes...), et à côté ils conseillent d'utiliser des photosensibilisants pour augmenter la rapidité du bronzage. »


Du côté du Dr Claudine Blanchet-Bardon, vice-présidente du Syndicat national des dermatologues-vénéréologues (Sndv) même son de cloche. Cette dermatologue rappelle l'une des principales « anarques » des instituts de bronzage : « Ils veulent faire croire que l’exposition aux UV artificiels prépare la peau au soleil et permet d’éviter les coups de soleil. D'ailleurs, un quart des Français croit à cette idée fausse, selon une enquête réalisée par l’Institut national pour la prévention et l’éducation à la santé (Inpes) en 2010.
Or, « les cabines de bronzage ne délivrent que des UVA, ce qui ne permet pas de préparer la peau au soleil », martèle-t-elle depuis des années.
Pour sa part, le Dr Emmanuel Mahé plaide pour une véritable politique de surveillance. Avec par exemple un véritable fichier national de ceux qui font du bronzage. 
« Il faudrait plus d'agents de la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGSCRS) pour contrôler l'activité sur le territoire », pense de son côté le Dr Blanchet-Bardon. 

Les dangers pour la santé des cabines de bronzage
Déçus, ces deux spécialistes pensent que le gouvernement aurait dû taxer davantage les instituts de bronzage. Mais aussi interdire la publicité sur les séances d'UV, notamment les promotions : « celles du style faites 9 séances et vous aurez la 10ème gratuite. » « C'est comme si on disait achetez un paquet de cigarettes et on vous en donne un 2ème gratuit », font remarquer ces experts.
Car les dangers des UV artificiels sont maintenant avérés. Le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) a ainsi évalué que le risque de développer un mélanome cutané est augmenté de 75 % pour les personnes qui ont eu recours au moins une fois aux cabines de bronzage, avant l’âge de 30 ans. Résultat, les cabines de bronzage pourraient faire plus de victimes de cancer que le tabagisme.

Les messages sanitaires, les grands oubliés
Quant au deuxième arrêté publié au JO, il ne satisfait guère plus les dermatologues. Ce texte définit le contenu de l'information et des avertissements sur les risques sanitaires liés aux rayonnements émis par les cabines. La notice d'emploi devra obligatoirement contenir plusieurs mentions alertant sur les dangers sanitaires : cancers de la peau dès la première exposition et des yeux, risques oculaires et nécessité de porter de lunettes de protection...
Sur ce sujet, le Dr Emmanuel Mahé affirme que ces règles existaient déjà et qu'ils n'ont rien inventé. « Ca existe depuis des années, ils ont juste changé les termes. » Sauf que pour lui rien n'a jamais été fait à ce sujet par les instituts de beauté.

Ecoutez le Dr Emmanuel Mahé : « On avait fait une étude sur les sites internet de bronzage. On a montré que dans plus de 70 % des cas les règles sur les messages sanitaires n'étaient pas respectées. »


Enfin, le Dr Blanchet-Bardon note tout de même un point positif. Elle fait remarquer que c'est la première fois qu'un gouvernement écrit dans un texte que les UV artificiels provoquent le cancer et le vieillissement prématuré de la peau. « Cela dès la première irradiation dans une cabine de bronzage. C'est extrêmement important pour pouvoir retravailler à l'avenir. C'est un acquis énorme. Nous sommes tout de même ravis que les autorités sanitaires aient reconnu la dangerosité des UV », conclut-elle.
 

 

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