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Congrès de la Société européenne de cardiologie

Boissons énergisantes : les effets indésirables se multiplient

Par Audrey Vaugrente

Les boissons énergisantes nuisent à certaines cellules du coeur et favorisent diverses maladies, dont l’arythmie cardiaque. Un spécialiste français tire la sonnette d'alarme.

SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA
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Populaires auprès des jeunes, les boissons dites énergisantes (ou BDE) n’en sont pas moins nocives pour le coeur. Le Pr Milou-Daniel Drici vient de présenter une étude allant dans ce sens au Congrès de la Société européenne de cardiologie (ESC 2014). Ce spécialiste du Centre régional de pharmacovigilance de Nice (Alpes-Maritimes) appelle à la plus grande prudence concernant ces boissons, toujours plus consommées.

 

257 événements depuis 2009

Entre 2009 et 2011, la consommation de boissons énergisantes a grimpé de 30 % et s’établit à 30 millions de litres au dernier bilan. Les effets indésirables associés à celles-ci s’accumulent à la même vitesse. En passant en revue les incidents signalés à l’Agence de sécurité sanitaire (Anses), l’équipe du Pr Drici en a relevé 257. « Parfois, les gens consomment de nombreuses boissons les unes après les autres. Cette situation peut entraîner de nombreux événements indésirables, comme une angine de poitrine, une arythmie cardiaque et même une mort subite », a signalé le spécialiste au congrès de l’ESC.
L’origine de ces incidents est aisément compréhensible : la moitié des marques signalées contiennent de la taurine, un tiers du glucoronolactone et deux tiers des vitamines.

 

La caféine nuit aux cellules du coeur

Autre écueil, et pas des moindres, un quart de litre de boisson énergisante contient l’équivalent en caféine de deux espressos. Or, « la caféine est l’un des plus puissants agonistes des récepteurs de la ryanodine (NDLR: des canaux faits de calcium présents dans les muscles), et entraîne une libération massive de calcium dans les cellules cardiaques », explique le Pr Drici. « Elle peut causer des arythmies, mais elle a aussi des effets sur la capacité du coeur à se contracter et à utiliser l’oxygène. »

 

Conséquence attendue : les incidents d’origine cardiovasculaire dominent les événements indésirables signalés (36 %), suivis des troubles de nature psychiatrique et neurologique. Dans la première catégorie, les troubles du rythme cardiaque sont de loin les plus signalés  aux côtés des angines de poitrine et de l’hypertension. C’est déjà ce que suggérait une étude parue fin 2013, qui soulignait l’impact des boissons énergisantes sur la puissance de contraction du ventricule gauche et sur le rythme de celle-ci.

 

Le « syndrome de la caféine »

Un autre symptôme particulier émerge de ces recherches : « Nous avons découvert que le « syndrome de la caféine » était le problème le plus courant; il est survenu chez 60 personnes », signale le Pr Drici. Ce qui explique sans doute qu’à peine un an après leur autorisation sur le marché français, les boissons énergisantes aient fait l’objet d’un plan de surveillance nutritionnelle national. Le groupe de travail Nutrivigilance, rattaché à l'Anses, rempli d’ailleurs cette mission de régulation : c’est lui qui détermine si les incidents peuvent être imputés aux boissons énergisantes et qui propose des actions à leur sujet.

 

Finalement, la meilleure mesure reste la prudence. Le Pr Drici estime donc que les personnes souffrant d’une maladie cardiaque doivent être conscientes que les boissons énergisantes peuvent « exacerber leur maladie, avec des conséquences potentiellement mortelles. » Il rappelle aussi que ces produits ne sont en aucun cas destinés à être consommés avant, pendant ou après une activité sportive. Une recommandation pas souvent suivie, puisqu’une enquête italienne parue en avril dernier a révélé que la majorité des jeunes confondent boissons énergisantes et boissons énergétiques, destinées aux sportifs.