- Les analogues du GLP-1, utilisés contre l'obésité, pourraient ralentir la progression de certains cancers.
- Une étude sur plus de 20.000 patients suggère jusqu'à 50 % de métastases en moins.
- Des travaux supplémentaires sont nécessaires pour confirmer cet effet.
Les nouveaux traitements anti-obésité, une arme inattendue contre le cancer ? C'est la piste soulevée par une étude présentée lors du Congrès annuel de l'American Society of Clinical Oncology (ASCO), qui se tient du 29 mai au 2 juin à Chicago, aux Etats-Unis. Les résultats, encore préliminaires, suggèrent que les médicaments analogues du GLP-1, comme le Mounjaro ou le Wegovy, pourraient être associés à une diminution du risque de métastases chez certains patients atteints de cancer. Pour rappel, en France, ces traitements seront, à partir du 11 juin, remboursés à 65 % par la Sécurité sociale pour les patients souffrant d’obésité sévère.
Médicaments anti-obésité : jusqu'à 50 % de métastases en moins
En ouverture du congrès, le président de l'événement, le Dr Eric Small, a évoqué des "données fascinantes", rapporte franceinfo. Les chercheurs ont analysé une vaste base de données de santé portant sur plus de 20.000 patients atteints d'un cancer. Parmi eux, environ la moitié recevait un traitement anti-obésité appartenant à la famille des analogues du GLP-1, déjà utilisés par près de 20 millions d'Américains.
Or, les scientifiques ont observé que les patients traités pour obésité ont moins souvent évolué vers un cancer de stade 4, c'est-à-dire métastatique, au cours des cinq années de suivi. L'effet a été observé dans quatre types de cancers : colorectal, du foie, du sein et du poumon non à petites cellules. Les données montrent une réduction pouvant atteindre 50 % du passage au stade métastatique chez certains patients prenant ces traitements. Les chercheurs ont aussi observé que ces malades semblaient vivre ou survivre plus longtemps que les autres.
Pour la Pr Julie Gralow, vice-présidente du congrès, cette recherche sur les analogues du GLP-1 est une petite révolution. "Jusqu'à présent, les études s'étaient concentrées sur cette question : est-ce que ces médicaments anti-obésité peuvent prévenir des cancers ? Ici, cette étude est en quelque sorte unique, parce que cette fois, on se demande si ces médicaments peuvent avoir un effet sur le cancer de personnes déjà diagnostiquées." Selon elle, ces premiers résultats suggèrent que l’hypothèse mérite d'être explorée.
Un effet direct ou indirect ?
Les spécialistes appellent toutefois à la prudence : la recherche met en évidence une association, mais ne démontre pas encore un lien de cause à effet. "Mais est-ce que ce sont les médicaments anti-obésité qui freinent directement le développement des métastases ou est-ce que seulement, ils améliorent l'état de forme du malade, qui va ensuite mieux combattre son cancer ?", s'interroge Julie Gralow. Pour répondre à cette question, des essais complémentaires seront nécessaires afin de comprendre les mécanismes biologiques qui sont en jeu.
Initialement développés contre le diabète puis l'obésité, ces médicaments suscitent aujourd’hui l'intérêt des chercheurs dans plusieurs domaines, notamment l'arthrose et les addictions à l'alcool ou au tabac. Leur potentiel contre le cancer reste à confirmer, mais cette étude ouvre déjà un nouveau champ de recherche.




