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Dépendance

Analogues du GLP-1 : que sait-on de leur efficacité sur les addictions ?

Le sémaglutide et le tirzépatide, des médicaments, prescrits en cas de diabète et d’obésité, pourraient être bénéfiques pour traiter et prévenir les troubles liés à l'usage de substances addictives.

Analogues du GLP-1 : que sait-on de leur efficacité sur les addictions ? Svitlana Pietukhova/iStock




L'ESSENTIEL
  • Une étude, menée sur plus de 600.000 patients diabétiques, montre que les analogues GLP-1 sont associés à une diminution du risque de dépendance à plusieurs substances : alcool, opioïdes, nicotine, cannabis et cocaïne.
  • Ces traitements, utilisés contre le diabète et l’obésité, sont aussi liés à une réduction du risque de complications graves, notamment de surdose et de décès, chez les personnes déjà atteintes de ces troubles.
  • D’après les chercheurs, ces médicaments ciblent une voie biologique du cerveau impliquée dans le système de récompense, ce qui pourrait expliquer pourquoi ils influencent différents types d’addictions et pas seulement l’alimentation.

"Les troubles liés à l’usage de substances sont fréquents et lourds de conséquences pour les patients, leurs familles et les systèmes de santé. Pourtant, des médicaments efficaces, bien que sous-utilisés, n’existent que pour certaines pathologies. Les analogues des récepteurs du peptide-1 de type glucagon (GLP-1), utilisés dans le traitement du diabète de type 2 et de l’obésité, ont été proposés comme agents anti-envies, car la signalisation du GLP-1 interagit avec les circuits cérébraux de la récompense et du stress", ont indiqué des chercheurs de l'université Washington à Saint-Louis (États-Unis). En effet, des études observationnelles ont montré un lien entre la prise de ces médicaments et un risque moindre de troubles liés à l'usage d'alcool et de cannabis, de surdose d'opioïdes et d'hospitalisations liées à l'alcool. Cependant, ces travaux ont examiné les substances une par une. "Aucune n'a encore abordé la question plus large suivante." C’est pourquoi les scientifiques américains ont décidé de mener une recherche.

Troubles liés à l'usage de substances : une réduction de 14 % du risque avec la prise d’analogues du GLP-1

Pour celle-ci, ces derniers ont analysé les dossiers médicaux électroniques de 606.434 vétérans américains atteints de diabète de type 2. Les participants ont été répartis en deux groupes : ceux sans antécédent de trouble lié à l'usage de substances et ceux qui en présentaient déjà un. Ils ont été suivis pendant trois ans, à compter du début de leur traitement par un analogue des récepteurs GLP-1 (le sémaglutide, le liraglutide ou le dulaglutide) ou par un autre type de médicament, appelé inhibiteur du SGLT2, pour traiter leur maladie. Au cours de cette période, l’équipe a suivi l'évolution de la dépendance à l'alcool, au cannabis, à la cocaïne, à la nicotine, aux opioïdes ou à d'autres substances chez les 524.817 volontaires du premier groupe. Pour le second groupe, composé de personnes présentant un trouble lié à l'usage de substances préexistant, ils ont suivi les 81.617 personnes afin de recenser ceux qui ont consulté aux urgences, ont été hospitalisés, sont décédés, ont subi une surdose ou ont présenté des idées ou tentatives de suicide liées à la drogue.

Chez les anciens combattants diabétiques, la prise d'un analogue du GLP-1 était associée à une réduction de 14 % du risque de développer un trouble lié à l'usage de substances. Selon les données, publiées dans la revue The BMJ, le risque de développer chaque trouble lié à l'usage de substances a également diminué de manière significative : de 18 % pour l'alcool, de 14 % pour le cannabis, de 20 % pour la cocaïne et la nicotine, et de 25 % pour les opioïdes. "Cela se traduit par sept nouveaux diagnostics de troubles liés à l'usage de substances en moins pour 1.000 utilisateurs d'agonistes du GLP-1", ont précisé les auteurs.

"Les résultats obtenus chez les anciens combattants présentant un trouble lié à l'usage de substances préexistant étaient plus significatifs sur le plan clinique. Dans ce groupe, l'instauration d'un traitement par un analogue des récepteurs du GLP-1 a été associée à une diminution des consultations aux urgences (30 %), des hospitalisations (25 %), de la mortalité (50 %), des surdoses (40 %) et des idées ou tentatives de suicide, soit environ 1 à 10 événements en moins pour 1.000 personnes sur trois ans", peut-on lire dans les travaux.

Addictions : les analogues du GLP-1 peuvent réduire les comportements de recherche de récompense

D’après l’équipe, les patients prenant ces médicaments pour traiter l'obésité décrivent souvent un apaisement de la "nourriture", cette préoccupation constante pour la nourriture qui conduit à la suralimentation. "Notre étude suggère une hypothèse plus large : les médicaments GLP-1 pourraient également atténuer ce que j’appelle le 'bruit de la drogue', cette envie irrésistible qui alimente la dépendance à différentes substances. (…) Ce signal commun à plusieurs substances révèle une biologie partagée sous-jacente à la dépendance et ouvre la voie à une approche fondamentalement différente : non plus traiter une dépendance à la fois, mais cibler ce signal biologique commun, cette envie commune à toutes les dépendances", a expliqué Ziyad Al-Aly, épidémiologiste clinicien et chef du service de recherche et développement du système de santé des anciens combattants de Saint-Louis, auteur principal de l’étude.

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