- Des scientifiques ont testé un chewing-gum à base de fèves de Lablab purpureus et de protégrine (peptide antimicrobien) contre le carcinome épidermoïde de la tête et du cou.
- Ce dernier agit efficacement contre le HPV et deux bactéries (Porphyromonas gingivalis, Fusobacterium nucleatum), trois agents pathogènes associés aux cancers ORL.
- Cette quasi-élimination de certaines bactéries cancérogènes se fait sans perturber les bonnes bactéries de la bouche.
Dans la liste des cancers des voies aérodigestives supérieures, on retrouve le carcinome épidermoïde de la tête et du cou. Ce dernier est associé à des taux buccaux élevés de papillomavirus humain (HPV), de Porphyromonas gingivalis et de Fusobacterium nucleatum. "Un tiers des hommes dans le monde sont porteurs du HPV, un cinquième d'entre eux sont infectés par le HPV-16 à haut risque, et la transmission se fait par voie orale", ont signalé des scientifiques de Pennsylvanie (États-Unis). Problème : les trois agents pathogènes sont liés à un pronostic plus défavorable, à un risque de récidive ou de transmission.
"Le test ELISA HPV a détecté le virus dans 100 % des échantillons de salive"
Face à ce problème, les chercheurs ont, dans le cadre d’une nouvelle étude, étudié si un chewing-gum antibactérien pouvait réduire sélectivement les organismes pathogènes sans perturber la flore buccale bénéfique. Cette idée s’appuie sur de précédents travaux portant sur un chewing-gum à base de fèves de Lablab purpureus, aussi connue sous le nom d’haricot hyacinthe, contenant la protéine antivirale naturelle FRIL. Pour les recherches, l’équipe a recruté 44 personnes atteintes des patients atteints de carcinome épidermoïde de la tête et du cou. Les participants ont reçu un chewing-gum à base de fèves de Lablab purpureus. Par la suite, des échantillons de salive et de rinçage buccal ont été prélevés dans lesquels les auteurs ont examiné les concentrations des trois agents pathogènes associés au cancer.
"Le test ELISA HPV a détecté le virus dans 100 % des échantillons de salive et 75 % des échantillons de rinçage buccal. Des études de culture cellulaire ont montré des concentrations de Porphyromonas gingivalis et de Fusobacterium nucleatum 1.000 fois supérieures dans la salive et 100 fois supérieures dans les échantillons de rinçage buccal par rapport aux patients non atteints de cancer", peut-on lire dans les résultats publiés dans la revue Scientific Reports.
Le chewing-gum antibactérien élimine plus de 99 % de deux bactéries associées au cancer et piège le HPV
D’après les auteurs, le chewing-gum à base de fèves de Lablab purpureus réduisaient les niveaux de HPV de 93 % dans les échantillons de salive et de 80 % dans les échantillons de rinçage buccal. En modifiant génétiquement le chewing-gum pour qu’il contienne également de la protégrine, un peptide antimicrobien capable d'éliminer les bactéries nocives, les scientifiques ont observé qu'une dose unique réduisait les niveaux de Porphyromonas gingivalis et de Fusobacterium nucleatum à presque zéro sans affecter les bactéries bénéfiques naturellement présentes dans la bouche. "Ceci contraste avec la radiothérapie, qui réduit les bactéries bénéfiques et augmente la prolifération de levures pathogènes (Candida albicans)."
Dans les conclusions, l’équipe souligne que ces données suggèrent l'intérêt potentiel de poursuivre les essais cliniques de ces produits biologiques, soit en complément des stratégies thérapeutiques actuelles, soit à titre prophylactique pour contrôler les micro-organismes pathogènes associés au carcinome épidermoïde de la tête et du cou.



