- Selon une étude, l’évolution ne s’est pas arrêtée et s’est même accélérée ces 10.000 dernières années, notamment depuis l’apparition de l’agriculture.
- Le gène lié aux cheveux roux a été activement sélectionné pendant des millénaires, ce qui explique pourquoi il pourrait devenir plus fréquent dans le futur.
- La sélection naturelle n’agit pas que sur l’apparence, elle concerne aussi des gènes liés à l’immunité (résistance à certaines infections) et aux risques de maladies (diabète, troubles mentaux...).
Et si l’évolution humaine n’avait jamais ralenti au point de rendre les roux plus nombreux demain ? C’est ce que ce que suggèrent des chercheurs de l'université Harvard (États-Unis). Pour parvenir à cette conclusion, ces derniers ont utilisé leur propre méthode de détection de la sélection naturelle dans les séries temporelles d’ADN ancien, qui teste les tendances de l’évolution de la fréquence allélique (à savoir la proportion d’une version d’un gène dans une population) au fil du temps. Ils l’ont appliqué à 15.836 génomes d’Eurasiens occidentaux, dont 10.016 avec de nouvelles données.
La sélection naturelle s'est accélérée depuis le passage de la chasse et de la cueillette à l'agriculture
L’analyse révèle que la sélection naturelle a déterminé la diffusion ou le déclin de centaines de variants génétiques en Eurasie occidentale depuis la fin de la dernière période glaciaire. Selon les résultats, publiés dans la revue Nature, cette sélection s'est même accélérée. Afin de déterminer à quel moment et où certains de ces allèles (à savoir des variants génétiques) ont commencé à se répandre ou à disparaître chez les d’Eurasiens occidentaux, l’équipe a calculé le taux global de sélection et a détecté des variations de ce taux. Plus précisément, les scientifiques ont constaté que la sélection s'est accélérée après l'introduction de l'agriculture, "ce qui illustre comment différents traits sont devenus avantageux lorsque les populations ont adopté des environnements et des comportements agricoles."
Les gènes liés aux cheveux roux sont devenus plus fréquents
D'après les calculs de l'équipe, la sélection directionnelle ne représentait qu'environ 2 % de toutes les variations de fréquence génique. "Deux pour cent représentent tout de même une quantité considérable d'ADN. Nous avons identifié 479 versions de gènes, ou allèles, qui ont fait l'objet d'une forte sélection positive ou négative dans les génomes d'Eurasie occidentale" au cours des dix derniers millénaires, ont indiqué les auteurs. Plus de 60 % des variants génétiques, affectés par une forte sélection naturelle, présentent des liens documentés avec des caractéristiques humaines actuelles.
Dans le détail, les nombreux variants génétiques identifiés sont liés à des caractéristiques physiques, psychologiques et sociales complexes, notamment les cheveux roux, le risque de diabète de type 2, de maladie cœliaque, de maladie de Crohn, une résistance à la lèpre. Selon les chercheurs, ces variants sont aussi corrélés à la présence de l'allèle B des protéines présentes sur les globules rouges, qui déterminent les groupes sanguins A, B et O et influencent la résistance aux infections bactériennes et virales. Certains changements ont accru la fréquence de traits bénéfiques, dont certains sont aujourd'hui perçus comme une immunité contre l'infection par le VIH, une diminution du risque de calvitie masculine, de polyarthrite rhumatoïde, de schizophrénie et d'alcoolisme.
"Certains liens semblent logiques, d'autres contre-intuitifs, comme le principal facteur de risque génétique de l'intolérance au gluten"
"D'autres variants, comme certains aujourd'hui associés à la susceptibilité à la tuberculose et à la sclérose en plaques, ont d'abord vu leur fréquence augmenter puis diminuer au fil des millénaires, ce qui indique des variations dans les pressions environnementales et dans les traits qui s'avèrent bénéfiques. Certains liens semblent logiques, d'autres contre-intuitifs, comme le principal facteur de risque génétique de l'intolérance au gluten, dont la fréquence a explosé après le début de la culture du blé. Cependant, les auteurs soulignent qu'il est crucial de comprendre plusieurs facteurs avant d'interpréter des associations de variants comme celles-ci", a expliqué l’équipe dans un communiqué.
Dans les conclusions, les scientifiques soulignent que l’analyse de l'évolution de ces caractéristiques pourrait approfondir notre compréhension des comportements, de la santé et des maladies, et orienter les efforts de traitement.


