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QUESTION D'ACTU

Traumatisme crânien

Cerveau : est-ce que l’huile de poisson est vraiment bénéfique ?

Une nouvelle étude s'interroge sur l'intérêt des suppléments d'huile de poisson pour les personnes souffrant de traumatismes crâniens.

Cerveau : est-ce que l’huile de poisson est vraiment bénéfique ? Vladimir Sukhachev/istock




L'ESSENTIEL
  • Les compléments alimentaires à base d'huile de poisson sont souvent présentés comme des neuroprotecteurs.
  • Des chercheurs ont voulu vérifier leurs actions en cas de traumatismes crâniens.
  • Leur recherche montre que certains omégas présents dans l'huile de poisson pourraient en réalité ralentir le processus de guérison.

"Les compléments alimentaires à base d'huile de poisson sont omniprésents et les gens en consomment pour diverses raisons, souvent sans bien comprendre leurs effets à long terme", confie le neuroscientifique Onder Albayram de la Medical University of South. "Or, en neurosciences, nous ignorons encore si le cerveau est résilient ou résistant à ces suppléments." Pour en avoir le cœur net, le chercheur et ses collègues ont lancé une étude sur le sujet.

Ils ont découvert que les suppléments d'oméga-3, souvent considérés comme neuroprotecteurs, pourraient en réalité nuire au processus de guérison après un traumatisme crânien.

Traumatisme crânien : un acide gras oméga-3 ralentit la récupération

Pour cette recherche, ils ont dans un premier temps travaillé avec des souris. L’équipe a examiné comment une supplémentation prolongée en huile de poisson influençait la réponse cérébrale des rongeurs après des impacts crâniens légers répétés. Elle a notamment observé les signaux liés à la stabilité et à la réparation vasculaire. Ils ont ensuite étudié des cerveaux et des prélèvements de tissus cérébraux de personnes ayant des antécédents de traumatisme à la tête.

Les données mettent en évidence une vulnérabilité métabolique contextuelle. C'est-à-dire une modification de la façon dont les cellules gèrent l'énergie qui conduit à une réduction de la capacité de récupération des tissus. Cette vulnérabilité est liée à l'accumulation dans le cerveau d'un acide gras oméga-3 présent dans de nombreux compléments d'huile de poisson : l'acide eicosapentaénoïque, plus connu sous le nom d'EPA.

De plus, aussi bien les tests avec les rongeurs que les analyses des tissus humains ont montré qu’un taux élevé d'EPA cérébral était associé à une capacité de réparation cérébrovasculaire réduite après une lésion.

En revanche, Onder Albayram précise avoir enregistré de "solides preuves" attestant des bienfaits de l'acide docosahexaénoïque (DHA), un acide gras oméga-3 aussi présent dans l'huile de poisson.

Oméga-3 : prudence en cas de lésions au cerveau

Lors de leurs travaux, les experts ont remarqué que l'EPA emprunte "une voie biologique différente dans le cerveau, avec une incorporation membranaire plus limitée et des effets variables selon la durée d'exposition et le contexte physiologique". S’ils n'incitent pas les patients à renoncer aux compléments à base d’huile de poisson, ils appellent les professionnels de santé et le grand public "à examiner de plus près les promesses et les limites de la supplémentation en oméga-3", surtout en cas de lésion au cerveau.

"Je ne dis pas que l'huile de poisson est bonne ou mauvaise en soi", ajoute Dr Albayram. "Nos données mettent en évidence que la biologie dépend du contexte. Il est essentiel de comprendre comment ces compléments agissent dans l'organisme au fil du temps, plutôt que de supposer que le même effet s'applique à tous."

Pour lui, cette recherche ouvre "un nouveau dialogue sur la nutrition de précision en neurosciences et offre à la discipline un cadre pour formuler des questions plus pertinentes et plus facilement vérifiables".

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