- Des bactéries buccales migrent vers l’intestin chez les patients.
- Elles favorisent un environnement propice au cancer gastrique.
- La salive pourrait permettre un dépistage précoce et simple.
Longtemps considéré comme isolé, l’estomac pourrait en réalité être influencé par des bactéries venues... de la bouche. Une nouvelle étude, publiée dans Cell Reports Medicine par BGI Genomics, le plus grand centre de séquençage de l’ADN au monde, met en évidence des signatures microbiennes qui pourraient permettre de détecter précocement le cancer gastrique.
Un environnement favorable aux tumeurs
En analysant 404 échantillons grâce au séquençage métagénomique, les chercheurs ont identifié 28 espèces bactériennes associées au cancer gastrique, dont 23 en abondance chez les patients. Or, 20 de ces bactéries proviennent habituellement de la cavité buccale mais finissent par coloniser l’intestin chez les malades, selon un communiqué.
Grâce à une analyse génétique, les scientifiques ont ainsi montré une similarité de plus de 99,9 % entre les souches présentes dans la bouche et celles retrouvées dans l’intestin. Autrement dit, une preuve solide de cette migration. Parmi ces bactéries, certaines comme Streptococcus anginosus favorisent le cancer via des métabolites de la méthionine, comme démontré dans une étude complémentaire publiée dans Gut.
Or, une fois installées, ces bactéries ne sont pas inactives. Elles forment un réseau résistant aux conditions hostiles comme l’acidité gastrique. Ce collectif microbien favorise la production d’acide lactique, ce qui acidifie l’environnement de la tumeur.
Vers un dépistage simple et non invasif ?
Ce contexte active des mécanismes clés du cancer, notamment les métalloprotéinases, impliquées dans l’invasion tumorale et la formation de nouveaux vaisseaux sanguins. En parallèle, il affaiblit la réponse immunitaire en attirant des cellules immunosuppressives. Les chercheurs décrivent ainsi un modèle "initiateur-promoteur" : la bactérie Helicobacter pylori initie les lésions, puis les bactéries orales prennent le relais pour accélérer la progression.
Ces travaux ouvrent de nouvelles perspectives thérapeutiques. Des modèles basés sur l’intelligence artificielle ont en effet permis de détecter la maladie avec une précision élevée. La salive, facile à collecter, pourrait ainsi devenir un outil de dépistage de masse.


