- La relation entre malades et aidants influence fortement la santé des aidants.
- La satisfaction conjugale peut atténuer le stress.
- Mais le tableau se complexifie pour les personnes anxieuses dans leurs relations.
Accompagner un conjoint atteint de démence est souvent perçu comme une épreuve exclusivement liée à la maladie. Aux Etats-Unis, une récente étude menée par la Rice University s’est intéressée à un moment clé : le passage du rôle de conjoint(e) à celui d’aidant(e). Publiée dans la revue Biopsychosocial Science and Medicine, elle révèle que ce n’est pas seulement la pathologie qui pèse sur les aidants, mais la nature même de leur relation. Un constat qui pourrait faire évoluer l’accompagnement, à l'heure où, en France, 11 millions de personnes disent aider régulièrement un proche, un parent ou un voisin malade, en situation de handicap ou de dépendance.
Quand la relation influence la santé
"Cette transition s’accompagne de nombreux défis. Vous ne soutenez pas seulement quelqu’un que vous aimez, toute la relation se transforme", explique Vincent Lai, coauteur de l’étude, dans un communiqué. L’équipe de chercheurs a analysé 264 aidants-conjoints, en croisant questionnaires et données biologiques, notamment des marqueurs d’inflammation liés au stress et à l’anxiété. Leur objectif, comprendre pourquoi certains résistent mieux que d’autres.
Les résultats sont sans appel : les aidants qui étaient émotionnellement distants ou très indépendants dans leurs relations présentent davantage de dépression et des réponses inflammatoires plus élevées. Autrement dit, leur santé mentale et physique est plus fragilisée.
Mais un facteur peut changer la donne : la satisfaction conjugale tout au long de la vie. Chez ces profils, en effet, une relation perçue comme positive atténue les effets négatifs du stress. Preuve que les relations ne sont pas seulement des expériences émotionnelles : ce sont des expériences biologiques. "Les relations proches comptent, non seulement pour la santé mentale mais aussi pour notre biologie et notre santé physique", résume Christopher Fagundes, coauteur des travaux.
Comment mieux aider les aidants ?
Il y a toutefois des exceptions : le tableau se complexifie pour les personnes anxieuses dans leurs relations. Chez elles, même une relation satisfaisante ne protège pas toujours, et peut parfois renforcer les symptômes dépressifs.
Ces résultats remettent en question les approches conventionnelles du soutien aux aidants. D’après les chercheurs, il est essentiel de tenir compte des dynamiques relationnelles propres à chacun. "Si nous voulons aider les aidants, nous devons comprendre ce qu’ils vivent en arrivant. Leurs besoins émotionnels et leurs schémas relationnels comptent vraiment", insiste Vincent Lai. Cette approche pourrait inspirer de nouveaux programmes, qui mêleraient soutien psychologique et interventions ciblées.
"En France, une personne sur cinq joue le rôle d’aidant, mais seulement la moitié se reconnaît comme telle", selon le site du ministère dédié au handicap. Près d'un quart de ces aidants (24 %) accompagnent un conjoint, et la majorité sont des femmes (58 %), précise une enquête de la Drees de 2022.



