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Tribune

Malades, aidantes : les femmes en première ligne face à l'Alzheimer

Les femmes sont les plus touchées par la maladie d'Alzheimer, à la fois comme patientes et comme aidantes, rappelle une tribune de Géraldine Rauchs, directrice de recherche Inserm. En cause, des facteurs biologiques et des inégalités sociales.

Malades, aidantes : les femmes en première ligne face à l'Alzheimer Obencem / istock




L'ESSENTIEL
  • Les femmes sont majoritaires parmi les malades et les aidants.
  • Des facteurs biologiques et sociaux expliquent cet écart.
  • Face à ce constat, les experts appellent à "repenser la recherche".

En France, 1,4 million de personnes seraient atteintes de maladies neurodégénératives, en particulier la maladie d’Alzheimer, soit environ 2,2 % de la population, selon une récente étude Ipsos BVA réalisée en 2025 pour la Fondation recherche Alzheimer. Mais comme le souligne Géraldine Rauchs, directrice de recherche Inserm, dans une tribune publiée dans Le Monde, "les femmes paient un tribut plus lourd à la maladie, parce qu’elles y sont plus exposées, mais aussi parce qu’elles en assument plus souvent les conséquences". Elles représentent en effet près de deux tiers des malades et 57 % des aidants.

Longtemps, la surreprésentation féminine a été attribuée à l’espérance de vie. Pourtant, "à âge égal, les écarts persistent : le vieillissement cérébral ne suit pas exactement les mêmes trajectoires selon le sexe", écrit la rédactrice en chef de la revue Syn’Alz, éditée par la Fondation Alzheimer.

Alzheimer : des femmes "en première ligne"

Pour expliquer cet écart, les chercheurs s’intéressent désormais à plusieurs pistes. La ménopause, par exemple, "modifie l’équilibre cérébral" en raison de la chute des œstrogènes. Des facteurs génétiques liés au chromosome X pourraient également jouer un rôle. Mais la biologie ne suffit pas : les "facteurs psychosociaux" comme le stress, les inégalités d’accès aux soins ou au sport influencent aussi la santé cognitive. Comme le rappelle la tribune, "Alzheimer n’est pas neutre concernant le sexe".

Au-delà de la maladie elle-même, les femmes sont aussi "en première ligne" parmi les aidants : beaucoup cumulent travail, famille et soutien à un proche malade. Une implication qui exige "une disponibilité psychique constante" et des "renoncement personnels". Et les conséquences sont lourdes : fatigue, isolement, fragilité financière... Des "coûts invisibles" qui restent pourtant peu pris en compte. "Pour nombre d’entre elles, les rôles se succèdent et se superposent : accompagner un parent malade, puis un conjoint, parfois avant de devenir elles-mêmes exposées au risque."

Faire du sexe la "variable centrale" de la recherche

Devant ce constat, les experts appellent à "repenser la recherche" en faisant du sexe la "variable centrale" pour mieux comprendre la maladie. "C’est précisément pourquoi des initiatives scientifiques et de sensibilisation, comme la conférence 'Digit’Alz', organisée dans le cadre de la Semaine du cerveau du 16 au 22 mars, sont essentielles." Car, comme le souligne Géraldine Rauchs, "comprendre Alzheimer aujourd’hui, ce n’est plus seulement étudier une maladie : c’est reconnaître qu’elle touche d’abord les femmes et que la combattre efficacement suppose enfin de les placer au cœur des priorités scientifiques, médicales et sociales".

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