- L’anxiété et la dépression, très fréquentes mais sous-diagnostiquées chez les personnes asthmatiques sévères, peuvent multiplier par 11 le risque de crises graves.
- La précarité agit comme un facteur amplificateur de la maladie, en augmentant les risques d’hospitalisations, de passages aux urgences et de détresse psychologique.
- Les patients ont tendance à moins pratiquer d’activité physique, par peur de déclencher une crise ou à cause de l’essoufflement, alors que le sport améliore leur santé mentale sans aggraver l’asthme.
"En France, derrière le diagnostic d’asthme sévère se cache une injustice silencieuse." C’est ce que souligne la Gregory Pariente Foundation (GPFD) dans une nouvelle étude publiée à l’occasion de la journée mondiale de l’asthme. Plus précisément, le rapport montre que certains facteurs qui aggravent cette maladie respiratoire chronique, due à une inflammation permanente des bronches, ne sont pas assez dépistés.
Asthme : l’anxiété et la dépression "restent quasi systématiquement sous-diagnostiquées"
C’est le cas de l’anxiété et la dépression, fréquents chez les jeunes patients asthmatiques. D’après la cohorte française RAMSES (Recherche sur les Asthmes Sévères), si seulement 15 % des patients asthmatiques reçoivent un diagnostic formel de trouble anxiodépressif, un dépistage systématique révèle en réalité 40 % de troubles anxieux et 22 % de troubles dépressifs au sein de cette population. "Chez les adolescents, une revue systématique internationale confirme que les troubles restent quasi systématiquement sous-diagnostiqués et sous-traités."
Pourtant, ces troubles altèrent le contrôle de la maladie, accroissent la fréquence des crises et le recours aux soins d’urgences, favorisent la surconsommation médicamenteuse et amplifient la perception des symptômes respiratoires. Des recherches néerlandaises, menées auprès de 140 personnes asthmatiques sévères, confirment que la présence concomitante d’anxiété et de dépression multiplie le risque d’au moins deux crises par 11 chaque année. "Ces effets s’expliquent notamment par des mécanismes neuro-immuno-inflammatoires partagés, impliquant des voies de signalisation cytokinique communes et une réponse diminuée aux bronchodilatateurs. Inversement, les traitements de l’asthme peuvent aggraver les troubles psychiatriques", précise la Gregory Pariente Foundation.
Le contrôle de l'asthme est plus mauvais chez les jeunes issus de milieux défavorisés
Autre facteur qui amplifie l’asthme sévère : la précarité. Les patients vivant dans les zones les plus défavorisées sont presque deux fois plus susceptibles d’être hospitalisées pour une exacerbation d’asthme que celles des zones favorisées. Sur le plan de la santé mentale, une prévalence élevée de troubles anxieux (35 %) et dépressifs (16 %), fortement corrélée aux conditions socio-économiques, est observée. "Les travaux sur le stress chronique chez les adolescents asthmatiques confirment que l'exposition cumulée à la pauvreté, la violence de quartier et la discrimination est associée à un contrôle de l'asthme plus mauvais, plus de visites aux urgences et une qualité de vie altérée."
Asthme : le rôle crucial de l’activité physique
L’étude met également en avant un "angle mort de la recherche" : l’activité physique. "Il n'existe, à notre connaissance, aucun essai clinique randomisé ni grande cohorte croisant simultanément : asthme sévère + activité physique + santé mentale + populations précaires chez les moins de 25 ans." Pourtant, de précédents travaux, cités par la Gregory Pariente Foundation, montrent que l'exercice physique régulier réduit significativement la dépression et l'anxiété. En outre, un essai clinique évaluant trois mois d'entraînement aérobie chez des adultes asthmatiques modérés à sévères montre une amélioration significative de la santé mentale et de la qualité de vie, sans aggravation de l'asthme.
Problème : les jeunes asthmatiques sévères bougent moins. Selon une cohorte coréenne, seuls 4,4 % des adolescents asthmatiques respectent les recommandations strictes d'activité physique. En France, "seulement 53 % des asthmatiques sévères pratiquent une activité physique hebdomadaire, contre 65 % pour les formes légères à modérées. (…) La peur de la crise, la dyspnée à l'effort, la honte en cours d'éducation physique et sportive, et l'absence d'encadrement médical constituent des freins documentés, cumulatifs et socialement inégaux", d’après une étude réalisée par l’Ifop pour Sanofi en 2023.



