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Antibiorésistance : une découverte inquiétante chez des bébés de quelques heures

Des gènes de résistance aux antibiotiques ont été découverts chez des nourrissons de moins de 3 jours.

Antibiorésistance : une découverte inquiétante chez des bébés de quelques heures NataliaDeriabina/istock




L'ESSENTIEL
  • Des gènes de résistance aux antibiotiques ont été découverts dans les premières selles de nouveau-nés.
  • Il y en avait 8 en moyenne dans les échantillons.
  • L'étude suggère que les transmissions maternelles et l'exposition précoce à l'environnement hospitalier pourraient être en cause.

L'antibiorésistance – fruit d’un usage excessif ou inapproprié des antibiotiques - est un véritable problème de santé publique. Et les nouveaux-nés, malgré leur présence très courte sur la terre, y sont confrontés dès leurs premières heures de vie.

Des chercheurs ont découvert des gènes de résistance aux antibiotiques, c’est-à-dire des segments d’ADN qui aident les bactéries aux antibiotiques, chez des bébés qui avaient moins de 72 heures. Ils ont présenté leurs résultats à l'ESCMID Global 2026, le congrès de l'European Society of
 Clinical Microbiology and Infectious Diseases, organisé à Munich du 17 au 21 avril 2026.

Bébé : 8 gènes de résistance aux antibiotiques en moyenne dans les premières selles

Cette inquiétante découverte découle de l’analyse du méconium, les premières selles produites par le nouveau-né, de 105 nourrissons âgés de moins de 3 jours pris en charge par une unité de soins intensifs néonatales entre juillet 2024 et juillet 2025. "Nous avons analysé des échantillons de méconium prélevés dans les 72 premières heures de vie afin d’obtenir un aperçu précoce de l’exposition microbienne et génétique chez les bébés. À ce stade, l’accumulation de gènes de résistance est principalement déterminée par la transmission maternelle, le mode d’accouchement et les expositions très précoces à l’hôpital", explique le Dr Argyro Ftergioti, auteur principal de l’étude, dans un communiqué.

Les analyses ont révélé la présence de gènes de résistance aux antibiotiques chez les nourrissons. Les plus fréquents étaient oqxA (dans 98 % des échantillons) et qnrS (96 %). Ces derniers sont associés à la résistance à certains antibiotiques couramment utilisés comme les quinolones.

L’étude a également identifié plusieurs gènes codant pour des bêta-lactamases (enzymes qui dégradent des antibiotiques largement utilisés). On peut citer blaCTXM (55 %), blaCMY (51 %) et blaSHV (39 %). Des gènes liés à la résistance aux carbapénèmes, une classe d’antibiotiques de dernier recours, ont été détectés dans 21 % des échantillons. De plus, chaque prélèvement analysé contenait en moyenne huit gènes de résistance aux antibiotiques.

"Cette découverte suggère qu’un profil de gènes de résistance aux antibiotiques est déjà établi à ce stade. L’intestin du nouveau-né abrite un résistome (ensemble des gènes de résistance, NDLR) diversifié, et la présence de gènes de résistance aux antibiotiques cliniquement importants si tôt dans la vie est préoccupante", explique le Dr Ftergioti.

Et si les chercheurs s’attendaient à trouver des gènes de résistance aux antibiotiques lors des analyses, "leur forte prévalence dans la majorité des échantillons était frappante – en particulier pour les gènes cliniquement critiques conférant une résistance aux carbapénèmes", reconnaît le scientifique.

Gène de résistance aux antibiotiques chez les nouveau-nés : quels sont les facteurs d’exposition ?

Lors de cette recherche, l’équipe a repéré plusieurs facteurs d’exposition des tout-petits. La présence du gène msrA (résistance aux macrolides et aux streptogramines) chez les bébés était liée à une hospitalisation maternelle pendant la grossesse. De plus, un nombre élevé de gènes de résistance était associé à la pose d'un cathéter veineux central dans les 24 premières heures de vie. Ces deux observations "reflètent probablement une exposition aux agents pathogènes en milieu hospitalier", précisent les auteurs.

En revanche, avoir subi une réanimation peu après la naissance était associé à une diminution des taux de gènes de résistance. "Nous tenons toutefois à préciser que ce résultat doit être interprété avec prudence, car il pourrait refléter des différences dans l’exposition microbienne précoce ou d’autres facteurs cliniques", indique le Dr Ftergioti.

"Bien que des recherches supplémentaires soient nécessaires pour comprendre comment le portage précoce de gènes de résistance affecte le développement du microbiome et le risque d’infection, ces résultats soulignent l’importance de la surveillance, de la prévention et du contrôle des infections dans les soins néonatals", conclut l’expert.

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