- La neuromodulation par ultrasons peut agir sur les circuits cérébraux de la douleur.
- Dans une étude menée sur 25 participants, des chercheurs ont montré que la stimulation de certaines zones cérébrales modifiait la perception de la douleur thermique.
- À terme, cette technique pourrait donc permettre de mieux comprendre et peut-être traiter la douleur, de manière non invasive.
En France, environ 12 millions de personnes seraient concernées par des douleurs chroniques d’intensité modérée à sévère, selon la Haute Autorité de Santé (HAS). Même si les traitements évoluent et se perfectionnent, soulager ces maux reste parfois difficile.
La neuromodulation par ultrasons cible les régions du cerveau associées à la douleur
Mais dans une nouvelle étude, des chercheurs ont mis au point une nouvelle méthode prometteuse. Grâce à une technique de neuromodulation par ultrasons, ils arrivent à agir sur les régions profondes du cerveau associées à la douleur. Leur étude vient d’être publiée dans la revue Pain.
“Jusqu’à récemment, les techniques de neuromodulation comprenaient des méthodes invasives [stimulation cérébrale profonde] et des approches non invasives qui ne permettaient pas souvent d’atteindre les régions profondes du cerveau”, explique Oury Monchi, l’un des auteurs, dans un communiqué publié par l’Université de Montréal où il enseigne.
Avec son équipe, ils se sont donc penchés sur d’autres manières d’atteindre les régions profondes du cerveau. “La stimulation transcrânienne par ultrasons [TUS, qui est le nom savant de neuromodulation par ultrasons] se présente comme une solution novatrice, car elle utilise l'énergie de manière non invasive pour cibler plus précisément des régions profondes du cerveau, notamment celles associées à la douleur”, précise Ali K. Zadeh, premier auteur de l’étude.
Lors de leurs travaux, les scientifiques ont mené un essai sur 25 participants âgés de 18 à 40 ans. Tous étaient en bonne santé et ne souffraient pas de douleur chronique. Celle-ci a été remplacée par une douleur thermique, provoquée par une température très chaude ou très froide. Enfin, dans le cerveau, les chercheurs se sont intéressés spécifiquement à deux régions du cerveau - le cortex somatosensoriel primaire gauche (S1) et le noyau ventro-postéro-latéral gauche (VPL) du thalamus - qu’ils ont stimulés avec la neuromodulation par ultrasons.
La neuromodulation par ultrasons modifie la perception de la douleur
Ainsi, lorsque la neuromodulation par ultrasons ciblait uniquement le cortex S1, les chercheurs ont observé une modulation des circuits cérébraux de la douleur. Cet effet avait plusieurs conséquences : une augmentation de la sensibilité à la douleur thermique et une diminution du seuil de détection et de tolérance. Autrement dit, le cerveau percevait plus vite la douleur et y était plus sensible.
En ce qui concerne le seuil de détection, les scientifiques ont obtenu le même résultat en ciblant le noyau VPL. Ils mettent donc en avant le rôle primordial de l’axe S1-VPL dans la perception de la douleur.
“Nos travaux démontrent que la technologie par ultrasons permet d'atteindre une précision inédite pour moduler l’activité de structures profondes du cerveau sans recourir à la chirurgie, conclut Oury Monchi. Cela ouvre de nouvelles voies pour comprendre comment le cerveau traite la douleur, une étape importante avant de proposer de nouveaux traitements.”


