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La Santé en Questions

Douleur chronique : quand la souffrance ne doit plus être banalisée

La douleur n’est pas seulement un symptôme passager. Pour des millions de Français, elle devient une compagne de vie, souvent mal comprise, parfois minimisée. Cette nouvelle émission de "La Santé en Questions" parle de la douleur autrement : pourquoi certaines durent, pourquoi elles sont parfois mal prises en charge, et ce que cela dit de notre système de santé.

Douleur chronique : quand la souffrance ne doit plus être banalisée DR




La douleur fait partie de la vie. Un mal de tête, une entorse, une rage de dents : dans ces situations, la douleur est un signal d’alarme. Elle prévient, elle protège, elle disparaît quand la cause est traitée.

Mais pour des millions de Français, la douleur ne disparaît pas. Elle s’installe. Elle dure. Elle devient une compagne de route envahissante. On parle alors de douleur chronique. Et contrairement à une idée encore très répandue, ce n’est pas “normal”, ni une fatalité avec laquelle il faudrait simplement apprendre à vivre.

Quand parle-t-on de douleur chronique ?

On parle de douleur chronique lorsqu’une douleur persiste au-delà de trois mois, parfois sans cause évidente, parfois après un accident, une maladie, une intervention chirurgicale. Elle peut concerner :

  • le dos,
  • les articulations,
  • la tête (migraines, céphalées),
  • le ventre,
  • les nerfs,
  • ou être diffuse, difficile à localiser.

Près de 13 millions de personnes en France seraient concernées. C’est énorme. Et pourtant, ces douleurs restent souvent mal reconnues, mal expliquées, mal prises en charge.

Une douleur qui change la vie

La douleur chronique n’est pas seulement une sensation physique. Elle impacte tout :

  • le sommeil,
  • la concentration,
  • l’humeur,
  • le travail,
  • la vie sociale,
  • les relations familiales.

Beaucoup de patients décrivent une fatigue morale profonde, un sentiment d’usure, parfois même de solitude. Non pas parce qu’ils ne sont pas entourés, mais parce qu’ils ont le sentiment de ne plus être compris.

Quand la douleur dure, l’entourage finit parfois par s’habituer. Et le patient, lui, commence à douter de lui-même.

“Tout est normal” … sauf la douleur

C’est l’une des situations les plus difficiles à vivre : les examens sont normaux, l’imagerie ne montre rien d’alarmant, les analyses sont rassurantes… mais la douleur est bien là.

Dans ces cas-là, certains patients entendent, explicitement ou implicitement, que leur douleur serait “dans la tête”. Or une douleur sans lésion visible n’est pas une douleur imaginaire.

La médecine distingue aujourd’hui plusieurs grands types de douleurs :

  • les douleurs liées à une inflammation ou une lésion,
  • les douleurs liées à une atteinte des nerfs,
  • et des douleurs dites plus complexes, liées à un dysfonctionnement des mécanismes de la douleur eux-mêmes.

Ces dernières sont bien réelles, même si elles ne se voient pas sur un scanner.

                            "La Santé en Questions" : la douleur, premier symptôme, dernier combat

Pourquoi la douleur est-elle si difficile à prendre en charge ?

Parce qu’elle oblige à sortir des réponses simples. La douleur chronique ne se règle pas toujours avec un médicament plus fort ou un examen supplémentaire. Elle demande :

  • du temps,
  • de l’écoute,
  • une approche globale,
  • parfois plusieurs professionnels.

Or notre système de santé est surtout organisé pour traiter des problèmes aigus, rapides, identifiables. La douleur chronique, elle, s’inscrit dans la durée.

Le piège du “tout-médicament”

Face à la douleur, le réflexe est souvent médicamenteux.
Paracétamol, anti-inflammatoires, antalgiques plus puissants : ces traitements sont utiles, parfois indispensables. Mais lorsqu’une douleur dure, augmenter les doses n’est pas toujours la bonne réponse. Cela peut exposer à :

  • une perte d’efficacité,
  • des effets indésirables,
  • une dépendance,
  • une impasse thérapeutique.

Le médicament peut soulager, mais il ne suffit pas toujours à lui seul à reprendre le contrôle de sa vie.

Une douleur qui isole

La douleur chronique isole progressivement. On renonce à certaines activités. On annule des sorties. On s’éloigne parfois des autres, par fatigue ou par peur de ne plus être compris.

Dans le monde du travail, elle est aussi une cause fréquente d’arrêts, de reconversions forcées, parfois de mise à l’écart. Et là encore, le regard des autres peut être lourd : “on ne voit rien”, “tu as l’air en forme”, “tu exagères peut-être”.

Ce décalage entre ce que l’on ressent et ce que les autres perçoivent est l’un des aspects les plus douloureux de la douleur chronique.

Peut-on faire quelque chose quand la douleur dure ?

Oui. Mais souvent, différemment de ce que l’on imagine. La prise en charge de la douleur chronique repose sur plusieurs piliers :

  • une évaluation sérieuse de la douleur,
  • des objectifs réalistes (retrouver du sommeil, de l’autonomie, une qualité de vie),
  • des traitements adaptés,
  • parfois des approches non médicamenteuses,
  • et surtout une relation de confiance avec les soignants.

L’objectif n’est pas toujours de faire disparaître toute douleur, mais de reprendre le contrôle sur sa vie.

Le rôle des soignants… et des patients

Les médecins, les infirmiers, les kinésithérapeutes, les psychologues, les pharmaciens ont tous un rôle à jouer. Aucun ne peut agir seul. Mais le patient aussi est un acteur essentiel.
 sa douleur, dire ce qui change, ce qui ne change pas, ce qui aide, ce qui fatigue : tout cela compte. La douleur chronique ne se soigne pas dans le silence.

La douleur, une question de société

La douleur n’est pas seulement une affaire individuelle. Elle interroge notre rapport collectif à la souffrance. Dans une société très performante, très rapide, on accepte mal ce qui prend du temps. On accepte mal ce qui ne se voit pas. On accepte mal ce qui ne se règle pas vite. Et pourtant, la façon dont une société prend en charge la douleur dit beaucoup de ses priorités.

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