- Une étude ouvre la voie à des traitements géniques ciblés pour la sclérose latérale amyotrophique (SLA).
- En modifiant une seule base du code génétique, les chercheurs ont pu bloquer la production de protéines toxiques.
- Cette correction génétique protège les neurones et inverse les symptômes chez la souris et en laboratoire.
En France, 8.000 personnes sont affectées par la sclérose latérale amyotrophique (SLA), ou maladie de Charcot, selon l’Inserm. Chaque jour, cinq personnes sont diagnostiquées, et autant de décès surviennent. Cette pathologie neurodégénérative entraîne une paralysie rapide des muscles volontaires, y compris ceux nécessaires à la respiration. L’espérance de vie après diagnostic dépasse rarement 3 à 5 ans, et il n’y a pas de traitement curatif à ce jour. Mais une nouvelle étude franco-américaine, publiée dans la revue Science, ouvre une piste prometteuse : bloquer la maladie en modifiant une seule lettre de notre code génétique.
Une même anomalie génétique à l'origine de deux maladies
Dans près d'un cas familial sur deux, la SLA partage une origine génétique avec la démence fronto-temporale (DFT), une autre maladie neurodégénérative. L’anomalie se situe sur le même gène C9ORF72, où une séquence spécifique d’ADN (G4C2) se répète anormalement. Chez les patients, cette mutation provoque la production de protéines toxiques appelées DPRs et l’accumulation d'agglomérats ARN nuisibles. Ces deux phénomènes perturbent le fonctionnement des cellules nerveuses, menant à leur disparition progressive – c’est la "mort neuronale" propre à la neurodégénérescence.
Or, l’équipe de scientifiques du CNRS et de l’université Harvard a réussi à identifier le signal précis qui déclenche par erreur ce dysfonctionnement. En modifiant une seule base du code génétique, les chercheurs ont ainsi pu bloquer la fabrication des protéines nocives DPRs tout en maintenant les ARN inchangés, autrement dit sans perturber le reste de l’expression du gène. Résultat, après des expériences en laboratoire : les symptômes moteurs et cognitifs de la SLA ont disparu chez la souris, et les neurones humains en culture ont retrouvé leur longévité.
Les "ciseaux génétiques" à la rescousse
Pour parvenir à ce résultat, les chercheurs ont utilisé la fameuse technologie CRISPR-Cas9, une sorte de "ciseau génétique" ultra-précis qui permet de couper, remplacer, inactiver, corriger le gène que l’on cherche à atteindre. Dans ce cas précis, la suppression des DPRs a suffi à inverser les dégâts, même en présence des amas d’ARN : les signes de neuroinflammation, de perte neuronale et de stress cellulaire ont disparu ou régressé, y compris dans des cellules humaines.
Si les futurs essais précliniques sont concluants, cette stratégie pourrait mener à des thérapies géniques ciblant directement la cause des maladies neurodégénératives comme la SLA et de la DFT. Pour les patients, c’est un nouvel espoir : celui de corriger le défaut à la source.



