- Le dopage reste difficile à mesurer mais pourrait être plus répandu qu’estimé.
- Il concerne aussi bien les sportifs professionnels qu’amateurs.
- Ses conséquences sur la santé peuvent être graves et durables.
Le phénomène serait plus vaste qu’il n’y paraît. Une expertise collective de l’Inserm, fondée sur plus de 3.800 documents de la littérature scientifique internationale, dresse un état des lieux inédit du dopage et des pratiques dopantes, tant dans le sport de haut niveau que dans la pratique amateur.
Des pratiques qui dépassent le sport professionnel
Selon l’Agence mondiale antidopage (AMA), 91 athlètes français ont été testés positifs en 2024, plaçant la France au deuxième rang mondial. L’Inserm souligne que la prévalence du dopage dans le sport de haut niveau est inférieure à 5 % selon les tests biologiques, mais pourrait atteindre jusqu’à 30 % selon d’autres méthodes. "L’ampleur du phénomène ne peut être résumée par une seule approche", peut-on lire dans un communiqué. En effet, les différences entre disciplines, niveaux et méthodes de mesure rendent toute estimation globale compliquée.
Le dopage ne concerne pas seulement l’élite. Chez les sportifs amateurs, "la consommation de substances visant à améliorer les performances varie de 2 à 39 % selon les disciplines". Même si les substances interdites restent minoritaires, l’usage de médicaments et compléments est massif, tant chez les pros que les amateurs. Les antidouleurs, notamment, sont très répandus dans les sports d’endurance, certains autorisés (paracétamol, ibuprofène) et d’autres non (tramadol, morphine). L’Inserm précise que leur consommation dépasse "parfois 50 %" dans le football professionnel, et va même jusqu’à "60 % lors des courses de plus de 100 km (plus d’un participant sur cinq dans l’Ultra-Trail du Mont-Blanc)".
Par ailleurs, jusqu’à 60 % des sportifs tous types confondus utilisent des compléments alimentaires (vitamines, minéraux, protéines, acides aminés...). Jusqu’à 58 % des produits en question pourraient contenir des substances interdites, avec un risque non négligeable de contamination, selon l’Inserm.
Des risques réels pour la santé cardiaque
Les stéroïdes anabolisants androgènes, proches de la testostérone, utilisés pour accroître la masse musculaire, restent les substances dopantes les plus détectées (43 à 45 % des cas), "suivie par les stimulants et les diurétiques et agents masquants (de 12 à 16 %)". L’usage des stéroïdes est pourtant associé à de sérieux problèmes : maladies cardiovasculaires, troubles hormonaux, risques psychiatriques, dépendance... Parmi les adeptes de musculation, la consommation de stéroïdes peut atteindre 10 à 35 %. Chez eux, "la mortalité et la prévalence de certaines maladies cardiaques seraient 3 fois plus élevées que dans la population générale", souligne l’Inserm.
Le dopage concerne aussi le handisport, avec des pratiques spécifiques comme le "boosting". Utilisée par des athlètes atteints de lésions de la moelle épinière pour améliorer leurs performances, celle-ci concernerait au moins 17 % des paralympiens, selon une enquête. Sauf qu’elle peut provoquer des accidents graves (AVC, infarctus...), préviennent les experts.
Au-delà des chiffres, le dopage pose donc des enjeux sanitaires, éthiques et politiques majeurs. L’Inserm appelle à "améliorer la coordination entre les acteurs" et à renforcer la surveillance des marchés illégaux de produits dopants.


