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Lyme : une nouvelle piste pour neutraliser les tiques

Des chercheurs français découvrent une faille chez les tiques, pouvant transmettre des maladies comme celle de Lyme, qui pourrait permettre d’éviter une infection.

Lyme : une nouvelle piste pour neutraliser les tiques Ladislav Kubeš/iStock




L'ESSENTIEL
  • La capacité des tiques à rester fixées à un hôte et à se nourrir de sang pendant plusieurs jours repose sur leur salive.
  • Leur salive empêche la coagulation du sang et réduit les défenses immunitaires de l’hôte, ce qui favorise l’infection.
  • En bloquant ce mécanisme, la tique pourrait moins bien se nourrir et, surtout, la transmission des microbes diminuerait.

Forêts, prairies d'herbes hautes, parcs, talus, jardins, coulées vertes… Les tiques, qui sont plus nombreuses au printemps, se cachent dans ces espaces verts. Lors d’une promenade dans la nature, elles peuvent s’accrocher à la peau, plus précisément dans les endroits chauds et humides du corps humain (pli des genoux, aine, aisselles, organes génitaux, cuir chevelu). Une fois fixés, ces parasites se gorgent du sang de leur hôte. Si leur morsure est indolore, elle n’est pas sans risques. En effet, si les tiques sont infectées par la bactérie Borrelia, ces dernières peuvent transmettre à un être humain cet agent pathogène responsable de maladie de Lyme qui peut laisser des séquelles handicapantes. Leurs piqûres sont également capables de causer une encéphalite à tiques qui atteint le système nerveux central et provoque de lourdes et longues séquelles.

Lyme : la salive des tiques neutralise la réponse immunitaire de son hôte

Récemment, des scientifiques de INRAE, l’Anses, l’EnvA et l’université d’Orléans ont trouvé un moyen d’empêcher les tiques d’infecter leurs hôtes. Selon eux, tout se joue dans le contrôle de leur salive, qui empêche la coagulation du sang. Pour savoir comment la tique contrôle sa salivation, l’équipe a mené une étude parue dans la revue Nature Communications. Après avoir utilisé des modèles informatiques et des techniques de microscopie, les chercheurs ont constaté que le système nerveux de la tique contrôlait avec précision l’activité des glandes salivaires lorsqu’elle se gorgeait de sang. "Sans sa salive, la tique ne peut transmettre aucune maladie, parce que quand elle reste plusieurs jours attachée à son hôte, elle doit produire en permanence de la salive pour l'anesthésier, sinon elle serait repérée et supprimée. En faisant ça, elle neutralise la réponse immunitaire de l'hôte et c'est la porte ouverte aux infections", a expliqué, à FranceInfo, Ladislav Simo, directeur de recherches à l'Inrae.

Deux voies "pour produire le cocktail salivaire complet"

Selon les observations, cela se fait grâce à deux voies de signalisation distinctes mais complémentaires, impliquant des récepteurs sensibles au neurotransmetteur acétylcholine, dont un est spécifique aux invertébrés. Afin de déterminer le rôle de ces voies, les auteurs ont testé 37 substances, dont des alcaloïdes, sur des ovocytes de tiques. Résultat : des composés capables d’activer ou de bloquer l’un ou l’autre des récepteurs ou les deux ont été identifiés. Les données révèlent qu'"une voie pilote la sécrétion continue du fluide salivaire, et que la coopération des deux voies est nécessaire pour produire le cocktail salivaire complet, incluant des protéines essentielles au repas sanguin. Ce double contrôle permet à la tique d’ajuster finement la quantité et la composition de sa salive lorsqu’elle est fixée à un hôte."

Cibler la salive des tiques, une piste prometteuse

"Si on cible le système de salivation avec de nouveaux types de répulsifs, de gels ou de patches, on bloque la production de salive sans affecter l’hôte", a déclaré, à FranceInfo, Ladislav Simo. En plus de perturber leur alimentation, le blocage de la salive des tiques pourrait empêcher la transmission des bactéries. "La compréhension de ces mécanismes, susceptibles d’être conservés chez différentes espèces de tiques à travers le monde, pourrait ouvrir la voie à des approches de contrôle à portée plus universelle", peut-on lire dans le communiqué de l’Inrae.

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