ACCUEIL > QUESTION D'ACTU > L'excès de cholestérol aggraverait le cancer du sein

Etude chez la souris

L'excès de cholestérol aggraverait le cancer du sein

Par Bruno Martrette

Un métabolite fréquent dans le cholestérol est suspecté de faire progresser la croissance des tumeurs dans le cancer du sein. Chez la souris, un traitement par statines a permis d'éviter les rechutes.

GUSTAFSSON/LEHTIKUVA OY/SIPA

Le cholestérol, à nouveau dans le viseur ! Ce corps gras fabriqué par notre organisme est dangereux pour la santé de l'homme lorsqu'il se trouve en excès dans l'organisme. Ses dangers pour le coeur sont bien connus mais cette molécule n'a peut-être pas livré tous ses secrets ! Car aujourd'hui, elle est suspectée de jouer un rôle délétère sur la progression et la croissance des tumeurs dans le cancer du sein.

Des chercheurs américains viennent, en effet, de découvrir comment certains types de cholestérol peuvent aggraver cette maladie qui touche environ 52 000 nouvelles femmes chaque année en France. Des résultats inédits publiés ce vendredi dans la revue américaine Science.

Des tumeurs 30 % plus grandes

Ces travaux ont été menés par des chercheurs américains de l'Université de Duke (Caroline du Nord). Ces scientifiques ont administré un régime alimentaire riche en matières grasses à des souris cancéreuses. Ils ont, en plus, injecté quotidiennement à ces rongeurs malades, un produit de dégradation du cholestérol (le métabolite H27) pour voir l'effet de ce « sous-produit » sur les tumeurs présentes.

Résultat, les tumeurs de ces rongeurs ont connu une progression et une croissance tumorale inhabituelle. Ces dernières étaient, en effet, au final, 30 % plus grandes que celles retrouvées chez des souris soumises à un régime normal, moins riche en matières grasses.

Mais la grande découverte dans cette recherche, c'est celle du mécanisme de cette interaction cholestérol/tumeur du sein qui est détaillé par les chercheurs : « Nous savons maintenant qu'une  molécule, pas celle du cholestérol elle-même, mais celle de l'un de ses métabolites fréquents (H27) imite l'hormone oestrogène bien connue des chercheurs », explique ainsi le Dr Donal McDonnell, principal auteur de l'étude.
L'hormone oestrogène favorise, on le sait, de manière indépendante, le développement du cancer du sein. Selon les estimations, elle serait à l'origine d'environ 75 % des cas de cette pathologie.

Ecoutez le Dr Suzette Delaloge, cancérologue à l'Institut Gustave Roussy : « Le H27 est un métabolite très précoce du cholestérol. Même s'il ne s'agit pas de tous les cholestérols, ce sous-produit de la molécule est relativement fréquent...»


Les statines freinent la croissance des tumeurs
Par la suite, l'équipe américaine a poursuivi sa recherche en cherchant à tester l'effet des statines sur le cancer du sein. Prescrites en France à cinq millions de personnes, ces molécules servent normalement à faire baisser le taux de cholestérol et à prévenir le risque cardiaque chez les patients ayant une hypercholestérolémie. Or, dans cette étude, le traitement de la souris avec des statines a donné deux résultats intéressants. Il a permis tout d'abord de réduire, le taux de cholestérol de ces rongeurs, mais surtout de freiner la croissance des tumeurs. De plus, les souris sous statines ont également connu moins de cas de rechutes de cancers du sein que les souris sans traitement. 

Le Dr Mc Donnell tempère toutefois ces résultats en indiquant que l'effet bénéfique des statines sur le cancer du sein devra être confirmé à l'aide d'études randomisées menées sur des cohortes de femmes. « Des données qui manquent pour le moment », souligne Suzette Delaloge. « Les seules études sur ce lien supposé, menées sur des femmes, ne sont pas fiables », rajoute-t-elle

Ecoutez le Dr Suzette Delaloge : « Ces molécules pourraient participer à empêcher la croissance du cancer ou la formation des métastases. Leur utilité dans la prévention des rechutes serait également envisageable...»


Néanmoins, notre cancérologue estime qu'il faut être très prudent avec ces traitements. Car pour le moment, ces résultats prometteurs n'ont été rapportés qu'en laboratoire, chez des souris atteintes d'un cancer du sein. De plus, ces molécules sont connues pour entraîner de nombreux effets secondaires indésirables. « Cette publication n'a pas vocation, pour le moment, à faire évoluer les recommandations actuelles sur les traitements du cancer du sein », concluent les chercheurs.

Ecoutez le Dr Suzette Delaloge : « Il faut être prudent car ces médicaments donnent beaucoup d'effets secondaires indésirables. Des diarrhées, des problèmes musculaires, des douleurs hépathiques...»