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Cholestérol

Statines : une intolérance surestimée ?

Par Thierry Borsa

L'intolérance aux statines ne concernerait que moins de 10% des patients traités avec ces médicaments pour excès de cholestérol. Selon les auteurs d'une analyse reposant sur plus de 4 millions de patients, l'effet nocebo pourrait expliquer une part importante des effets indésirables déclarés.

rogerashford/iStock
Les statines sont des médicaments permettant de lutter contre l'excès de cholestérol
Cet excès de cholestérol peut être à l'origine de graves maladies cardiovasculaires
Souvent contestées en raison d'effets indésirables, les statines ne provoqueraient de l'intolérance que chez moins de 10% des patients

C'est un débat qui agite régulièrement l'univers de la santé : les statines, des médicaments contre l'excès de mauvais cholestérol, peuvent-elles être à l'origine de graves effets secondaires qui modifieraient l'équilibre bénéfice/risque pour les patients en hypercholestérolémie ? Selon une méta-analyse d'études portant sur plus de quatre millions de personnes, l'intolérance aux statines ne dépasserait pas 6 à 10%. Ce qui fait dire aux chercheurs qui ont réalisé cette analyse et dont les travaux sont publiés dans l'European Heart Journal que cette intolérance est aujourd'hui "surestimée et surdiagnostiquée", ce qui ferait courir des risques aux patients qui réduisent ou abandonnent leur traitement du fait de ces effets indésirables.

Un niveau d'intolérance de 9,1%

Jusqu'ici, la littérature scientifique annonçait que la proportion d'intolérants aux statines -dont l'efficacité a par ailleurs été démontrée en prévention de maladies cardiovasculaires- pouvait varier de 5 à ... 50% ! Un écart qui laissait libre cours à toutes les interprétations sur l'opportunité de suivre ce traitement en cas d'excès de cholestérol et qui peut, en effet, provoquer des effets secondaires, notamment des douleurs musculaires.

En analysant les résultats de 176 études reposant sur 4 143 500 patients dans le monde entier, les chercheurs de deux universités polonaises dirigés par le Pr Maciej Banach assurent avoir identifié la prévalence globale de l'intolérance aux statines qui serait de 9,1%. "Ces résultats n'ont pas été une surprise pour moi et signifient que 93% des patients sous statines peuvent être traités efficacement et sans aucun problème de sécurité", souligne le Pr Banach.

Des catégories plus exposées

Mais alors, d'où viendrait cette "mauvaise réputation" des statines ? Certes, la méta-analyse réalisée par l'équipe de Maciej Banach montre que certaines catégories sont davantage susceptibles d'être intolérantes à ces médicaments. Il s'agit des personnes âgées, de sexe féminin, de race noire ou asiatique, obèses, souffrant de diabète et d'insuffisance hépatique ou rénale. Idem pour les patients qui sont déjà traités par d'autres substances pour l'arythmie cardiaque, l'hypertension avec des inhibiteurs calciques ou qui souffrent d'alcoolisme. Dans ces groupes, les taux d'intolérance relevés varient entre 22 et 48%.

Pour tous les autres, l'équipe du Pr Banach avance une autre explication. "Nous devons évaluer très attentivement les symptômes des patients pour voir s'ils sont effectivement causés par les statines mais surtout pour évaluer la part de la perception que les patients ont de la nocivité de ces médicaments, autrement dit si leurs symptômes ne seraient pas le résultat d'un effet nocebo", avance le professeur en précisant que ce fameux effet pourrait expliquer plus de 50% des symptômes ressentis par les patients.