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Sondage de l'Ifop

Anti-vaccins, anti-5G, même combat ?

Par Mathilde Debry

Les réticences à la vaccination anti-Covid-19 trouvent, à l’instar du rejet de certaines technologies (ex : 5G, compteurs Linky, IA…), leurs origines dans une défiance générale à l’égard de la science et des autorités.

Chaz Bharj / istock.
On observe une imbrication importante entre les deux mouvements – anti-vaccin d’un côté, anti-5G de l’autre – si l’on en juge la proportion élevée de Français refusant à la fois le vaccin contre la Covid-19 et la 5G.

Si on observe depuis quelques semaines une tendance à une certaine "décrispation", l’opposition au vaccin anti-coronavirus n’en reste pas moins forte dans notre pays (46% des Français mi-janvier). Quel sont les divers ressorts de cette défiance, devenue un véritable enjeu de santé publique ? Dans le cadre de l’observatoire Lemon.fr du rapport des Français à la science et aux nouvelles technologies, Jean-Philippe Dubrulle, directeur d'études à l’Ifop, a analysé pour la Fondation Jean Jaurès une enquête qui montre que ces réticences trouvent, à l’instar du rejet de certaines technologies (ex : 5G, compteurs Linky, IA…), leurs origines dans une défiance générale à l’égard de la science et des autorités de contrôle ou de régulation.

Méfiance globale

Les catégories populaires (60%) et les électorats des partis "anti-système" (64% chez les sympathisants RN, 53% chez les sympathisants LFI) sont fortement opposés au vaccin contre la Covid-19. Le refus de se faire vacciner s’avère majoritaire dans les rangs des Français défiants à l’égard d’autorités sanitaires comme le Conseil Scientifique (59%), l’OMS (57%) ou le ministère de la Santé (57%). 

Cette "résistance vaccinale" s’avère aussi étroitement liée à une méfiance globale à l’égard des bienfaits de la science – elle est nettement plus élevée chez les Français estimant que l’apport de la science pour l’Homme est négatif (60%) que positif (29%) – ou de nouvelles technologies comme la 5G. Ces réticences montent ainsi à 54% chez les opposants à la 5G, alors qu’elle n’est que 33% chez ses partisans.  

On observe d’ailleurs une imbrication importante entre les deux mouvements – anti-vaccin d’un côté, anti-5G de l’autre – si l’on en juge la proportion élevée de Français refusant à la fois le vaccin contre la Covid-19 et la 5G : 35%, tandis que 26% s’opposent seulement à la 5G et 14% uniquement au vaccin. Au total, seul un quart des Français (25%) ne s’opposent ni à l'un, ni à l'autre.

"Les opinions deviennent des valeurs refuges"

Enfin, si l’adhésion à la théorie selon laquelle les vaccins contre la Covid-19 contiendraient des puces permettant d’être localisé via la 5G reste marginale dans l’ensemble de la population (7%), il est intéressant de noter que cette idée n’est rejetée que par un anti-vaccin sur deux (54%), signe que l’adhésion à certaines théories complotistes constitue un ressort non négligeable du vaccinoscepticisme.

"Au regard de ces résultats, il apparaît donc que les ressorts de la défiance envers les vaccins et la 5G émanent d’un public qui a beaucoup de points communs – notamment nombre d’électeurs des partis protestataires – et qui partage une défiance à la fois à l’égard des autorités de régulation (ex : OMS, Arcep, gouvernement) et du point scientifique dominant", analyse Jean-Philippe Dubrulle. "La force actuelle de ce double sentiment de défiance tient sans doute à la crise sanitaire qui a exacerbé l’écho des théories du complot, l’incertitude de la communauté scientifique quant à la réponse à apporter au virus ayant favorisé la volatilité de l’opinion et sa porosité aux thèses complotistes", poursuit le sondeur. "Face aux insuffisances des institutions et aux incertitudes scientifiques, les opinions deviennent ainsi des valeurs refuges. Dès lors, on ne peut donc qu’aspirer à la réhabilitation du discours scientifique, préalable indispensable au dépassionnement du débat public", conclut Jean-Philippe Dubrulle.