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Tenus en échec

Pourquoi n’y a-t-il toujours pas de médicament contre la maladie d’Alzheimer ?

Par Virginie Galle

La maladie d’Alzheimer est la maladie neurodégénérative la plus fréquente. Pourtant, il n’existe toujours aucun traitement susceptible de guérir cette pathologie. 

Alzheimer/iStock

La maladie d’Alzheimer tient la médecine en échec depuis des années. Cette pathologie est la maladie neurodégénérative la plus fréquente. On estime que 900 000 personnes en sont atteintes au sein de l’Hexagone, et 225 000  nouveaux cas sont diagnostiqués tous les ans en France (soit une personne toutes les 3 minutes).

Pourtant, il n’existe toujours aucun traitement susceptible de guérir cette pathologie, qui se manifeste par des troubles de la mémoire, de l’exécution de gestes simples, de l’orientation dans le temps et l’espace, ainsi que par un déclin irréversible des fonctions cognitives.

“Depuis 20 ans, on n’a pas trouvé de nouveau médicament contre la maladie d’Alzheimer, explique le docteur Stéphane Epelbaum, neurologue spécialiste de la maladie d’Alzheimer à la Pitié-Salpêtrière et chercheur à l’ICM. Le nouveau traitement, s’il voit le jour, ne concernera malheureusement pas les patients qui souffrent de la maladie d’Alzheimer à un stade avancé", prévient-il.

Une efficacité des traitements trop modeste au regard des effets indésirables

Seuls quatre médicaments sont actuellement sur le marché, qui ne sont que des traitements symptomatiques spécifiques de la maladie. Ils ont été déremboursés en juin 2018 à la suite d’un avis de la Haute Autorité de santé (HAS), qui a jugé leur efficacité trop modeste au regard des effets indésirables. “Je confirme le déremboursement des médicaments anti-Alzheimer, et ce n’est absolument pas pour des raisons budgétaires. C’est parce que ces médicaments ont été montrés par la HAS comme étant néfastes et entraînant beaucoup d’effets secondaires, avec des fractures et des chutes. Nous déremboursons pour que les gens ne les utilisent plus”, avait justifié l’ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn, mercredi 30 mai 2018, sur le plateau du “19/20” de France 3.

Les raisons d'un échec

Comment expliquer un tel échec ? D’abord parce que la recherche de médicaments contre la maladie d’Alzheimer s’est avérée extrêmement complexe, et les entreprises du médicament ont subi de nombreux arrêts de médicaments en phase de développement avancés. De ce fait, la maladie d’Alzheimer est emblématique de ces “trains qui n’arrivent pas”, malgré 82 essais cliniques en cours :
      o    Quatre cents études d'ampleur internationales ont été stoppées en l'espace d'une vingtaine d’années.
      o    Sur les 117 molécules pour le traitement de la maladie d'Alzheimer faisant actuellement l'objet d'études cliniques, seules 12% d'entre elles sont à un stade avancé de développement.
      o    La dernière autorisation de mise sur le marché d'un médicament contre la maladie d'Alzheimer remonte à dix-sept ans.

Ensuite, les dépistages disponibles ne sont pas assez précoces. Les chercheurs estiment qu’il faudrait administrer les molécules avant l’apparition des premiers symptômes de la maladie. Toutefois, les moyens actuels ne permettent pas de prédire parmi les personnes porteuses de lésions celles qui développeront ou non Alzheimer. “Cela passera sans doute par la mise au point d’un algorithme analysant les marqueurs biologiques, l’imagerie cérébrale, les prédispositions génétiques…", estime le Leem.

Des pistes prometteuses

Il existe cependant de l’espoir face à ces constats très sombres. Une molécule en phase III semble prometteuse : elle serait capable de désactiver une protéine clé de la maladie d'Alzheimer, la béta-amyloïde, qui s'accumule en plaques dans le cerveau des patients. Une demande d'autorisation de mise sur le marché devrait être déposée en 2020 auprès de l'agence américaine des médicaments, la FDA.

Différentes études ont également mis en lumière la possibilité d’utiliser la prise de sang comme une méthode de dépistage précoce. Exposé dans The Journal of the American Medical Association (JAMA), un nouveau test mis au point permet de mesurer la concertation de la protéine Tau dans le sang, appelée phospho-tau217. Pour les chercheurs, la fiabilité de cette méthode est aussi élevée que celles déjà établies, dont “l'imagerie par tomographie par émission de positons (TEP) et les biomarqueurs du liquide céphalo-rachidien, qui sont invasifs, coûteux et moins disponibles". Ils estiment que cela a permis de distinguer les personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer des autres avec une fiabilité comprise entre 89 et 98%.

Enfin, une nouvelle étude publiée dans le Journal of Alzheimer's Disease indique que des facteurs tels que l'âge, le stade de reproduction et les niveaux d'hormones devraient être pris en compte chez les femmes, plus touchées par la maladie, et propose un remplacement précoce des œstrogènes de la ménopause afin de protéger contre le développement de la pathologie. 

On a toujours pas de médicament, mais “cela ne veut pas dire que les essais ne nous ont rien appris, au contraire. Au cours des trois dernières années, plusieurs études on donné des résultats très encourageants concernant les plaques amyloïdes", conclut le docteur Stéphane Epelbaum.

Sujet réalisé à partir du dossier du LEEM "100 questions sur le médicament"

Retrouvez ci-dessous la fiche du LEEM sur le thème “Pourquoi n’y a-t-il toujours pas de médicament contre la maladie d’Alzheimer ?