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Vaste chantier

Crise de l'hôpital : le gouvernement lance le Ségur de la Santé pour apporter des solutions

Par Raphaëlle de Tappie

Ce lundi 25 mai, le ministère de la Santé lance le “Ségur de la Santé”. Amélioration des conditions de travail des soignants et de leur rémunération et meilleure prise en charge des malades sont notamment au programme de cette concertation promise par Emmanuel Macron au cœur de la pandémie de Covid. 

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Avec le Ségur de la Santé, le gouvernement va tenter d'apporter des solutions à l'hôpital en crise.
Augmentation des salaires des soignants, revalorisation des carrières, investissement de matériel et reprise de la dette des hôpitaux sont notamment au programme.
Après plusieurs mois d'une crise sanitaire sans précédent, les soignants attendent l'exécutif au tournant.

Le monde de la santé attend le gouvernement au tournant. Ce lundi 25 mai, après quinze jours de déconfinement et un début d’amélioration de la crise sanitaire, le ministre de la Santé, Olivier Véran, lance le “Ségur de la Santé”. Responsables syndicaux et collectifs de soignants, représentants des hôpitaux, des Ehpad, des établissements médicaux sociaux ou encore de la médecine de ville, seront réunis en visioconférence à partir de 15h30 pour donner le coup d’envoi de cette vaste concertation. Cette dernière aura notamment pour objectif de répondre au “plan massif d’investissement et de revalorisation de l’hôpital”, promis par Emmanuel Macron fin mars en pleine pandémie de coronavirus.

Amélioration des conditions de travail des soignants et de leur rémunération et meilleure prise en charge des malades sont notamment au programme. Le nom de “Ségur” a été choisi en raison de l'une des entrées du ministère de la Santé, qui se trouve avenue de Ségur, dans le 7e arrondissement de Paris. La discussion sera dirigée par l'ex-dirigeante de la CFDT, Nicole Notat, et certaines des mesures retenues devront être intégrées dans le prochain budget de la Sécurité sociale. 

Dans le détail, la priorité devrait être donnée à l’augmentation des salaires du personnel de santé. “C'est l'urgence (…) Le gouvernement doit se montrer à la hauteur de ce que les hospitaliers ont donné" pour affronter la Covid-19. "Il faut donner une reconnaissance aux infirmiers, aides-soignants, agents d'entretien, en leur offrant une rémunération plus décente, dès le début de carrière. Celle-ci doit être à la hauteur de leur utilité sociale”, interpelle Frédéric Valletoux, le président de la Fédération hospitalière de France (FHF) dans le JDD. Cela fait des années que les syndicats réclament une augmentation des salaires hospitaliers, surtout pour les infirmiers qui gagnent 1 500€ net par mois en début de carrière, ce qui est l’un des plus faibles niveaux des pays de l’OCDE. Ici, l’objectif sera donc pour eux d’arriver à un niveau de rémunération équivalent “à la moyenne européenne”, a promis Olivier Véran. Cette augmentation de salaire devrait toucher à la fois les hôpitaux et les Ehpad.

Revalorisation des carrières, achat de matériel, reprise de la dette...

Autre promesse du ministère de la Santé : “Revoir le cadre d'organisation du temps de travail à l'hôpital". Pour Olivier Véran, il ne s’agit pas de “déréglementer le temps de travail” mais de permettre “aux salariés qui le souhaitent" d'organiser "leur temps de travail différemment”. Depuis longtemps, la FHF réclame un “dispositif d'autonomie avancée" pour les hôpitaux. "Il est nécessaire de pouvoir sortir du carcan national pour introduire des dérogations aux 35 heures dans le respect du dialogue social", explique ainsi Frédéric Valletoux au Journal du dimanche.  

L’exécutif a également promis de se pencher sur la “question des montées en compétences", pour “mieux valoriser toutes les carrières, tous les métiers et développer de nouveaux parcours professionnels". Ici, l’objectif sera de renforcer l’attractivité des hôpitaux qui ont du mal à recruter et à garder leurs salariés. Chez les infirmiers, “30% des nouveaux diplômés abandonnent la profession dans les cinq ans”, assure Thierry Amouroux, porte-parole du SNPI. Dans les hôpitaux, des milliers de postes sont à pourvoir, ce qui oblige les établissements à fermer des lits ou à embaucher des intérimaires, une alternative très coûteuse car ces derniers exigent des rémunérations supérieures aux grilles salariales.

Qui plus est, le gouvernement a promis de combattre la “suradministration” qui plombe les hôpitaux en donnant plus de poids aux médecins. “Notre système de santé n'est pas encore assez centré sur le patient, sur son parcours. Il n'est pas assez performant non plus dans son pilotage”, a notamment interpellé Olivier Véran, sans donner beaucoup plus d’informations à ce sujet.  

“Ne pas se moquer” des soignants “avec des promesses non tenues”

Concernant le matériel, le ministre de la Santé a promis un “investissement massif” pour les hôpitaux et les Ehpad, sans préciser le montant de l’enveloppe. La FDH voudrait quant à elle une augmentation de l’investissement dans les hôpitaux de “deux milliards par an". Enfin, la question de la dette des hôpitaux, aujourd’hui proche de 30 milliards d’euros, devrait être abordée. Dans le cadre du “plan hôpital” de l’automne 2019, le gouvernement avait annoncé une reprise de dettes de 10 milliards d’euros sur trois ans. Mercredi dernier, lors du Conseil des ministres, Olivier Véran avait cette fois évoqué un “effort de 13 milliards d'euros".

Ainsi donc, le chantier du Ségur de la Santé est vaste et le monde médical aux abois. “Monsieur le Président, montrez-nous qu'on peut compter sur vous”, a interpellé un collectif de soignants et de paramédicaux, dans un courrier adressé à Emmanuel Macron, dans Libération. “Les combattants épuisés vont déserter si le ‘plan massif’ que vous avez annoncé, Monsieur le Président, n'est pas à la hauteur des enjeux”, préviennent-ils, avant d’établir une liste de propositions pour mettre en place un “véritable service public” de santé.

Le vrai hommage aux soignants, ce serait de ne pas se moquer d'eux avec des promesses non tenues”, a quant à lui prévenu Frédéric Valletoux dans le Journal du Dimanche. Asdine Aissiou, déléguée CGT à la Pitié-Salpêtrière, citée par Franceinfo renchérit : “On va attendre de voir si le gouvernement tient ses engagements". Autrement, “dans la rue, il n'y aura pas que des blouses blanches, mais tous ceux qui étaient sur les balcons”.