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QUESTION D'ACTU

Solidarité

“Je me suis dit que je devais faire quelque chose” : ces Français solidaires avec les soignants

Grand nombre de Français ont développé des chaines de solidarité à l'égard des personnels soignants hospitaliers et des Ephad. Certains se sont confiés à nous.

“Je me suis dit que je devais faire quelque chose” : ces Français solidaires avec les soignants gpointstudio/iStock

  • Publié le 25.04.2020 à 16h30
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Mobilisés depuis plusieurs semaines, les personnels soignants sont en première ligne dans cette lutte contre le nouveau coronavirus. Confrontés au danger d'être contaminés, nos “héros” sont en plus soumis à une pression constante et à des conditions de travail précaires. “Ils n'ont pas le temps de manger et les cafétérias des hôpitaux sont fermées”, nous explique Olivia, 45 ans, agent textile indépendante.

Des gâteaux pour les soignants et les pompiers

Comme beaucoup, Olivia a ressenti le besoin d'agir : “Mon activité étant à l'arrêt, je me suis dit que je ne pouvais pas continuer à végéter à la maison”. Elle a donc rejoint le mouvement Vos Gâteaux, lancé par Maud Arditti, dont plusieurs proches sont médecins, qui consiste à faire des gâteaux et des cakes, sucrés ou salés, pour les hôpitaux et les casernes de pompiers. “Il y a 15 jours, nous étions 20, aujourd'hui nous sommes 200, toutes catégories sociales confondues. Il y a une team dans chaque arrondissement de Paris”. Elle, a intégré la team Citron vert du XVIe : “Nous on s'occupe de Necker, Pompidou, 3 casernes de pompiers… Ça a été ma bouffée d'oxygène. Je vivais mal de voir les infos et de me sentir impuissante”, nous explique-t-elle.

Ces “cuisiniers solidaires” (10% environ sont des hommes), respectent une charte sanitaire très stricte : “On cuisine avec des gants et des masques. On suit des tutos afin d'emballer les plats de la façon la plus saine possible pour les déposer chaque jour dans les hôpitaux en toute sécurité”. Au fil de leurs livraisons, certaines d'entre elles se sont aperçues qu'à force de se laver les mains et d'utiliser du gel hydroalcoolique, certains personnels soignants avaient les mains très abîmées. “Donc maintenant on fait aussi la tournée des officines pour convaincre les pharmaciens de nous offrir des échantillons de crème. Un proche dermato m'a envoyé un carton entier.”

Des pizzas pour les soignants et les éboueurs 

De son côté, Sidi Drici fait tourner son four à pizzas à plein régime une fois par semaine pour nourrir gracieusement les personnels soignants de l'hôpital de Melun, en Seine-et-Marne. Plombier chauffagiste de métier, il a ouvert “la première pizzeria solidaire de France” avant le confinement : “Pour deux pizzas achetées, on offre un repas à un SDF”. Depuis le début du confinement, une fois par semaine, il livre 50 pizzas au centre hospitalier et aux éboueurs de la commune. “On ne peut pas rentrer dans l'hôpital, on les dépose et eux les distribuent dans les différents services.”

Les couturières solidaires 

Jessica elle, est surveillante dans un collège et s'est lancée dans la confection de masques : “J'en ai eu l'idée lorsque les infos ont commencé à dire qu'on en manquait, nous explique-t-elle. Au début, je n'avais pas beaucoup de tissus, je n'étais pas sûre de la qualité donc j'ai attendu que des tutos soient mis en ligne”. Finalement, la jeune femme commence par en confectionner pour ses proches et répond à un appel aux bénévoles sur Facebook.

J'ai postulé et j'ai récupéré un kit à couture à la mairie pour faire 60 masques — mais j'espère en faire 120”. A l'intérieur du kit, les consignes sanitaires sont précises : “Je dois laver les tissus, désinfecter l'espace de travail, coudre avec un masque… Mais ça me semble logique, dans le cas où je serais asymptomatique”. Ces masques “grand public” annoncés par Emmanuel Macron, serviront aussi aux personnels soignants des Ephad. 

Faisant face à des moyens de plus en plus limités et devant l'inertie du ministère de la Santé qui peine à ravitailler les stocks, les hôpitaux sont parfois obligés de faire appel à la générosité des particuliers. Madame Martin, conseillère principale d'éducation (CPE) dans un collège, a été surprise de voir que ses masques artisanaux seraient à ce point nécessaires à l'hôpital de Forcilles. “Quand les vacances scolaires ont débuté, j'ai commencé à me dire qu'il fallait faire quelque chose, nous raconte-t-elle. Une de mes filles a vu sur Internet que la qualité des serviettes en microfibres Décathlon était un filtre efficace. Alors nous avons fait des prototypes en découpant nos serviettes et en mettant un morceau entre deux épaisseurs de tissu en coton.”

Après en avoir distribué dans son entourage, Madame Martin appelle les hôpitaux du coin : “Des personnels de l'hôpital de Forcilles sont venus les chercher directement chez moi. Là, je me suis rendue compte qu'ils en avaient vraiment besoin. J'ai sacrifié des draps et des taies d'oreiller, même si ce n'est qu'une goutte c'est déjà ça.”

L'art-thérapie pour apaiser les soignants

Puis il y a ceux qui pensent à la condition mentale des personnels soignants. “Ils sont dans un état de tension interne et lorsqu'ils sont en repos ils n'arrivent pas à s'en libérer. C'est comme les soldats au front”, nous explique Laurence Bosi, art thérapeute et fondatrice de l'Association médecins de l'imaginaire.

Œuvrant depuis 17 ans auprès des patients en cancérologie à l'hôpital Necker ou encore à l'Institut Curie, Laurence Bosi et son équipe ont réfléchi à un programme d'art-thérapie adapté aux personnels soignants qui souhaiteraient se déconnecter de cette crise sanitaire. “J'avais trois personnes sans activité dans mon équipe et qui voulaient servir. Le 1er avril, nous avons lancé un programme gratuit qui comprend 7 à 8 séances individuelles personnalisées d'une heure en ligne, avec le logiciel Zoom”. Pour en bénéficier, les personnels soignants doivent remplir un petit questionnaire et fournir un justificatif d'activité. 

Au début de la séance, on discute un peu, juste pour connaître l'état d'esprit de la personne et adapter la séance à ses besoins”. Puis commence un travail de respiration et de visualisation “pour lui permettre de s'échapper et d'arriver sur le papier avec des images. Car quand on est à bout, rien ne vient. Il faut débrancher le mental, faire de la place”. Collage, peinture, dessin, écriture... il y en a pour tous les goûts et pas besoin d'être Picasso : “L'art-thérapie est un processus, pas un résultat. La créativité devient source de bien-être”. En cette période de crise, "les soignants sont des gens fragilisés, même s'ils tiennent grâce à l'adrénaline il faut se préoccuper de leur santé. On les traite comme des héros, mais ils ont besoin d'espace pour redevenir humain, pour dire qu'ils n'ont peut-être pas envie d'y aller, ou peur…”

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