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Discrimination

Suisse : de plus en plus d'entreprises refusent d'embaucher des fumeurs

Par Raphaëlle de Tappie

En Suisse, de plus en plus d'entreprises refusent d'embaucher des fumeurs sous prétexte qu'ils ne correspondent pas aux valeurs qu'elles souhaitent véhiculer. Une pratique jugée discriminatoire et interdite par la loi en France. 

metamorworks/iStock

En matière de consommation de tabac, la Suisse est bien moins ouverte que la France. Alors que chez nous, malgré une diminution historique récente du nombre de fumeurs, la cigarette reste ancrée dans les mœurs, elle est très mal vue chez nos voisins helvètes. Comme le montre un reportage de TF1 paru le 29 novembre, là-bas, de plus en plus d’entreprises refusent d’embaucher des fumeurs. D’après l’office fédéral de la santé publique, ces derniers représentent pourtant 27,1% de la population.

Le reportage illustre notamment le cas d’Felfel, une entreprise spécialisée dans les fournitures de réfrigérateurs pour des repas “sains et bio” où les 85 salariés ont interdiction de fumer, même pendant leur pause. La cause : cela n’est pas compatible avec les valeurs que la société veut véhiculer. “C'est très important un style de vie sain”, explique Anna Grassler, la directrice générale adjointe, ajoutant rechercher “des gens qui ne sentent pas la cigarette et peuvent vivre une journée sans.” 

Cette entreprise est loin d’être une exception puisque de plus en plus employeurs dans le domaine de la restauration, des cosmétiques ou de la santé mentionnent qu’ils cherchent des non-fumeurs dans leurs offres d’emploi. Sans surprise, ces dernières font débat. “Cela relève du privé, ce n’est pas approprié dans une offre d’emploi (…) Que quelqu’un fume pendant son temps libre ou pendant une pause ne regarde pas l’employeur”, s’emporte Philipp Zimmermann, porte-parole du syndicat Unia, cité par L’Est Républicain.

Des pratiques d’embauches légales 

Malgré tout, en Suisse, ces annonces ne sont pas illégales. “D’autant que les employeurs ont l’obligation légale de garantir à leurs employés un lieu sans tabac”, explique Roger Rudolph, professeur de droit du travail à l’Université de Zurich, également cité par le quotidien régional.

Pourtant, un rapport publié il y a quelques jours dénonce une politique locale trop laxiste envers le tabac. D’après La Tribune de Genève, le document épingle l’influence de grandes entreprises de tabac, comme Philip Morris International ou British American Tobacco, qui possèdent leur siège en Suisse et auraient des “pratiques visant à influencer la politique sanitaire suisse”. 

En France, cela est complètement interdit

En France, mentionner spécifiquement que l’on recherche un salarié non-fumeur est complètement interdit. Cela “me semble poser problème au niveau du principe de non-discrimination soit en raison des mœurs, soit de la santé”, explique maître Jonathan Kochel, avocat et enseignant en droit du travail à Lyon, à LCI. Dans le passé, l’ancienne Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité avait d’ailleurs décrit un tel cas de figure comme une discrimination prohibée.

Les peines encourues pour discrimination à l'embauche peuvent aller jusqu'à 45 000 € d'amende et trois ans de prison pour les personnes physiques. Pour ce qui est des personnes morales, l'amende est multipliée par cinq. La sanction peut donc atteindre 225 000 € au maximum, ainsi qu'une possible interdiction d'exercer l'activité dans laquelle l'infraction a été commise.

Les employeurs ont toutefois le droit de demander aux fumeurs de se laver les mains ou de mâcher un chewing-gum pour ne pas gêner leurs collègues ou des clients. Et si 12,2 millions de personnes fumaient encore en mai 2017, une baisse historique a été rapportée en mars. En effet, selon le gouvernement, le nombre de fumeurs quotidiens aurait diminué d’1,6 million depuis 2016.