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Perturbateurs endocriniens

Bisphénol S : une alternative potentiellement dangereuse au bisphénol A

Par Mégane Fleury

Selon une étude menée par des chercheurs toulousains, le bisphénol S reste longtemps dans l’organisme et à des niveaux de concentration élevés. 

industryview/istock

Le bisphénol S (BPS) est présent dans les canettes, les tickets de caisse ou les étiquettes alimentaires. Il remplace le bisphénol A (BPA), perturbateur endocrinien interdit depuis 2015. Une étude réalisée par des chercheurs toulousains montre qu’il pourrait lui aussi avoir des conséquences sur l’activité hormonale. 

Le BPA a été intégré à la liste des substances "extrêmement préoccupantes" par l’Agence européenne des produits chimiques en juin 2017 : il aurait un impact sur la fertilité, le développement de l’enfant et/ou pourrait augmenter les risques de cancer. 

Une substance qui reste longtemps dans l’organisme 

Les travaux de l’Ecole nationale vétérinaire de Toulouse et du laboratoire Toxalim, réalisés en collaboration avec les universités de Londres et de Montréal ont été publiés dans la revue Environmental Health Perspectives. "Le remplacement du BPA par le BPS pourrait conduire à augmenter l'exposition de l'homme à un composé hormonalement actif", expliquent les chercheurs. La recherche, effectuée sur des porcelets, montre que la substance reste plus longtemps dans l’organisme et à des niveaux de concentrations beaucoup plus importants que le BPA. La quantité de BPS restant dans le sang après ingestion est 100 fois supérieure à celle de BPA, et son élimination est 3,5 fois inférieure. D’après les scientifiques, pour un même taux d’exposition, la concentration de BPS dans le sang est 250 fois supérieure à celle de BPA.

Pour l’heure, les données sont insuffisantes pour mesurer le danger lié à l'exposition au BPS. "Ce sont les agences réglementaires qui doivent prendre en compte ces nouvelles données d’exposition pour analyser le risque lié au remplacement du BPA par le BPS", a expliqué Véronique Gayrard, membre de l’unité mixte de recherche de Toxalim, à La Dépêche. 

Des travaux déjà publiés en 2015

En 2015, des chercheurs canadiens alertaient déjà sur les effets du BPS. Ils avaient exposé des poissons zèbres, dont la composition génétique est à 70% similaire à celles des humains, à la substance. Les taux correspondaient à ceux que l’on pouvait trouver dans les rivières du pays. L’expérience a montré que le BPS a modifié le moment de formation des neurones dans le cerveau des poissons et leur quantité. La substance altère le développement neurologique des poissons dans les mêmes mesures que le BPA.