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Suivi postnatal

Sexe après l’accouchement : les femmes ne reçoivent pas toujours de bons conseils

Par Charlotte Arce

La majorité des professionnels de santé recommandent aux femmes de reprendre les rapports sexuels six semaines après avoir accouché. C’est pourtant nier qu'elles sont différentes. Nombreuses sont celles à avoir davantage besoin de temps pour recouvrer confiance en elles et retrouver du désir.

jacoblund/iStock

Les professionnels de santé suivant les femmes en post-partum manqueraient-ils, pour certains, de considération et d’empathie pour leurs patientes ? C’est ce que pointe une nouvelle étude menée par l’Université de Purdue, aux États-Unis, et publiée dans la revue Culture, Health & Sexuality.

La reprise de la vie sexuelle n’est pas toujours simple pour les jeunes mères du fait des douleurs suite à une éventuelle épisiotomie, de la fatigue mais aussi pour certaines d’une dépression post-partum. Pourtant, nombreuses sont celles à s’être fait recommander la reprise des rapports sexuels lors de la visite postnatale, affirment les auteurs, et ce, malgré ces difficultés.

Les chercheurs ont mené 70 entretiens approfondis auprès de femmes vivant en Caroline du Sud. "Parmi les participantes, la recommandation la plus fréquente des professionnels de santé était de reprendre les rapports sexuels après la visite postnatale de six semaines", explique Andrea DeMaria, professeure assistante au département de santé et des sciences humaines de l'université de Purdue. "Mais nous avons constaté que certaines femmes étaient prêtes avant ces six semaines en raison de désirs personnels et conjugaux, tandis que d'autres ont exprimé des difficultés à reprendre une activité sexuelle, à cause de la douleur et de l'épuisement de s'occuper d'un nouveau-né".

Une standardisation de la sexualité post-partum par les médecins

Des considérations personnelles parfois peu écoutées par les médecins. Ainsi, lors des entretiens, une femme a rapporté que son gynécologue lui avait dit qu’elle "ferait mieux de s'y remettre, sinon une autre le fera pour elle". Une autre se rappelle que son médecin "était très heureux de dire au bout de six semaines à son conjoint (qu'elle était) prête à reprendre une activité sexuelle".

Une approche normative des soins post-partum et des recommandations de reprise de la vie sexuelle que déplore le Pr DeMaria car non seulement elles ne tiennent pas compte des "expériences variées de reprise de l’activité sexuelle après l’accouchement" vécues par les femmes, mais elles vont parfois même à l’encontre du bien-être des patientes et de leur propre souhait. 

"Les professionnels de santé devraient faire savoir à leurs patientes avant et après l'accouchement (…) qu'il n'y a pas une seule recommandation ou directive stricte qui s'applique à toutes", rappelle-t-elle.

Normaliser toutes les expériences post-partum des femmes

Les entrevues menées par les auteurs de l’étude ont confirmé des résultats antérieurs, à savoir que les femmes diffèrent considérablement quant à la façon dont elles ressentent les désirs et les plaisirs sexuels post-partum, qui sont souvent influencés physiquement par le mode d'accouchement et psychologiquement par la confiance en soi et l'image corporelle. L'étude met aussi lumière sur la nécessité d'avoir des conversations franches sur le sujet impliquant la future mère, son ou sa conjointe, le médecin et ce dès le stade prénatal.

"Si les professionnels de santé peuvent soulever la question et normaliser ces différentes expériences, les femmes et leurs partenaires seront plus conscients de ce qu'ils devraient rechercher et que ces sentiments sont normaux", insiste Stephanie Meier, étudiante au doctorat à Purdue et coauteure de l'article. "Ces conversations devraient se poursuivre pendant la période prénatale et post-partum."

La visite postnatale

Le Pr DeMaria rappelle aussi que les femmes peuvent elles aussi solliciter des conseils auprès de leur médecin ou de leur sage-femme pendant l’entretien postnatal et ne pas hésiter à leur poser toutes les questions qu’elles se posent, qu’elles soient ou non en lien avec la reprise de la vie sexuelle.

En France, la Haute Autorité de Santé (HAS) définit la visite postnatale comme un "examen médical réalisé entre 6 et 8 semaines après l’accouchement". Il s’agit d’une "séance individuelle, réalisée au cabinet ou à domicile, comportant des actions de prévention et de suivi éducatif en cas de besoins particuliers décelés pendant toute la grossesse ou reconnus après l’accouchement chez les parents ou chez l’enfant, en réponse à des difficultés ou des situations de vulnérabilité qui perdurent ou à des demandes des parents".