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Santé publique

Cannabis thérapeutique : un malade sur deux déclare en avoir consommé avant de conduire

Par Charlotte Arce

Selon les inquiétants résultats d’une nouvelle étude, plus de la moitié des personnes consommant du cannabis à des fins médicales pour soulager des douleurs chroniques déclare avoir conduit sous l'influence du cannabis.

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Alors qu’en France, l’opinion s’ouvre progressivement à la possibilité d’autoriser le cannabis à des fins médicales après qu’un comité d’experts mandatés par l’ANSM a reconnu que certaines situations thérapeutiques le justifient, une étude américaine relève un fait préoccupant : aux États-Unis, 51% des patients consommant du cannabis thérapeutique déclarent avoir conduit sous l'influence du cannabis dans les deux heures suivant leur consommation, au moins une fois au cours des six derniers mois.

21% des consommateurs ont conduit "très défoncés"

Les données de l’étude, publiée dans le journal Drug & Alcohol Dependence, ont été recueillies par des chercheurs de l’Addiction Center de l’Université du Michigan auprès de 790 consommateurs de cannabis thérapeutique résidant dans l’État alors qu’ils demandaient une nouvelle prescription médicale pour consommer du cannabis contre les douleurs chroniques entre 2014 et 2015. Les chercheurs les ont notamment interrogés sur leurs habitudes de conduite au cours des six derniers mois.

56% des répondants ont ainsi déclaré avoir déjà conduit dans les deux heures suivant leur consommation de cannabis, 51% ont déclaré avoir conduit alors qu’ils étaient "un peu défoncés" et 21% avoir conduit "très défoncés".

Pour Erin E. Bonar, professeure adjointe de psychiatrie et psychologue clinicienne aux U-M Addiction Treatment Services, ces résultats sont préoccupants. "Il y a un faible risque perçu de conduire après avoir consommé de la marijuana, mais nous voulons que les gens sachent qu'ils devraient idéalement attendre plusieurs heures pour conduire un véhicule après avoir consommé du cannabis, qu'il s'agisse ou non d'un usage médical", explique-t-elle. "La stratégie la plus sûre est de ne pas conduire du tout le jour où vous avez consommé de la marijuana."

Un temps de réaction plus important

Pour Erin E. Bonar, il est en effet important de faire comprendre aux consommateurs de cannabis thérapeutique que conduire après leur consommation peut avoir des conséquences dramatiques. En effet, leur temps de réaction et leur coordination peuvent être ralentis et ils pourraient avoir plus de difficultés à réagir aux imprévus. S'ils se trouvent dans une situation à risque, ils pourraient être plus susceptibles d'être impliqués dans un accident de la route, parce qu'ils ne seraient pas en mesure d'intervenir aussi rapidement qu’à l’accoutumée.

Les effets de la marijuana au volant sont d’autant plus pervers qu’il est difficile de les mesurer. "En ce qui concerne la conduite automobile, nous n'avons pas encore trouvé la meilleure façon de savoir à quel point les consommateurs de marijuana sont affaiblis à un moment donné", reconnait la chercheuse. "Avec l'alcool, vous pouvez faire quelques calculs rapides en fonction de la quantité d'alcool que vous avez bu, et faire une estimation éclairée de votre taux d'alcoolémie. Pour la marijuana, une telle estimation serait compliquée. C'est difficile à quantifier parce qu'il y a beaucoup de variations dans la dose de marijuana, la puissance du THC et la voie d'administration. Nous n'avons pas encore de lignes directrices précises sur le moment exact où il serait sécuritaire de conduire un véhicule."

Pour le Michigan, l’enjeu de la sécurité au volant pour les consommateurs de cannabis est grand puisque depuis début décembre, il est devenu légal de consommer de la marijuana à des fins récréatives. D’où la nécessité de mieux informer les consommateurs en œuvrant pour une véritable politique de sensibilisation. "Nous croyons qu'il est nécessaire d'effectuer plus de recherches (sur les effets du cannabis, ndlr) et de fournir un plus grand effort d'éducation du public afin d’aider les gens à comprendre les risques qu’ils prennent pour eux-mêmes et pour les autres lorsqu’ils conduisent sous l'influence du cannabis", souligne Erin Bonar.

"C’est particulièrement nécessaire en cette période de changement rapide des politiques, car de nombreux États déterminent comment gérer la légalisation de la marijuana. Nous avons également besoin de lignes directrices plus claires sur la posologie et les effets secondaires de la marijuana, ainsi que sur la façon dont les différences individuelles comme le sexe et le poids corporel interagissent."