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QUESTION D'ACTU

Débat public

Le Comité éthique et cancer ne s'oppose pas au cannabis thérapeutique

Le Comité éthique et cancer a été saisi par une patiente en cancérologie, l'invitant à se prononcer sur l'usage du cannabis thérapeutique en France. 

Le Comité éthique et cancer ne s'oppose pas au cannabis thérapeutique tvirbickis/iStock

  • Publié 28.11.2018 à 16h55
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Autoriser le cannabis thérapeutique est-il un choix inéthique ? Examinée sous toutes ses formes depuis plusieurs mois par la communauté politico-médico-intello, la question d'une consommation de cannabis dans un contexte de soins a récemment été traitée par le Comité éthique et cancer.

Madame A, une patiente atteinte d'un cancer à l'âge de 27 ans, ayant subi "de nombreuses interventions (tumorectomie, radiothérapie, double mastectomie prophylactique) ou traitements (chimiothérapie, hormonothérapie)" et "confrontée à des douleurs intenses et chroniques que l’équipe soignante n’a pu endiguer dans de bonnes conditions", a amélioré sa qualité de vie en consommant du cannabis "sous différentes formes". Selon elle, interdire le cannabis thérapeutique aux patients que l'on ne parvient pas à soulager s'apparente à "un refus de soins". 

Appuyée par la plupart de ses personnels soignants, mais s'interrogeant sur l'éthique de ce traitement, elle a sollicité le Comité étique et cancer. Car si de nombreux patients dans le monde font l'éloge de ses vertus thérapeutiques pour soulager douleurs et nausées, sa représentation sociale en France et le peu d'études scientifiques menées sur ses bienfaits freinent sa légalisation à des fins médicales. Sortant donc des cadres juridiques et déontologique, cette question a pour la première fois été potassée par des personnels médicaux et paramédicaux, des philosophes, sociologues, psychologues, juristes, associations, patients et leurs familles ou leurs proches. 

Favorable à une consommation de cannabis non fumé

Reconnaissant que "la littérature scientifique sur les effets du cannabis souffre de problèmes méthodologiques", la plupart des études étant seulement observationnelles, le Comité estime dans son avis n°35 qu'il "ne peut identifier de raison de s’opposer à l’usage du cannabis par des malades qui disent en tirer un bénéfice, quand bien même ce bénéfice n’est pas démontré selon les méthodologies scientifiques les plus rigoureuses".

Néanmoins, le comité estime qu'il serait plus sûr pour les patients que ces substances actives puissent être consommées "sous une forme leur permettant d’éviter de le fumer, afin de ne pas être exposés aux effets délétères de ce mode de consommation. Il conviendrait également que cet accès puisse être encadré par les autorités de santé, afin d’apporter aux personnes malades les garanties nécessaires quant à la qualité, aux concentrations et aux modalités d’utilisation optimale du cannabis ou de ses substances actives".

Et l'avis de poursuivre : "Un tel encadrement permettrait de surcroît aux personnes malades de se dispenser de faire appel à des circuits parallèles pour se procurer le produit dont elles tirent bénéfice. Il leur éviterait également de risquer des poursuites pénales du fait de leur consommation".

Que sait-on réellement des vertus thérapeutiques du cannabis ? 

Aux Etats-Unis, où le cannabis est autorisé dans certains d'états, près de la moitié des oncologues parlent de la consommation de marijuana à des fins thérapeutiques à leurs patients sans être suffisamment informés sur le sujet, selon une étude publiée dans le Journal of Clinical Oncology.

"Les preuves scientifiques appuyant l'utilisation de la marijuana médicale en oncologie sont encore très minces, ce qui place les médecins dans une position très inconfortable", rappelle le docteur Ilana Braun, du Dana-Farber Institute of Adult Psychosocial Oncology. Jusqu'à présent, aucun essai clinique randomisé ne s’est penché sur les effets de la marijuana médicale chez les patients atteints de cancer, en dehors de ses effets sur les nausées, de sorte que les oncologues ne se fient qu’aux recherches sur l'utilisation du cannabis à des fins médicales dans le traitement de maladies autres que le cancer.

Un complément efficace au traitement standard de la douleur

Deux tiers des oncologistes interrogés pensent pourtant que la marijuana médicale est un complément efficace au traitement standard de la douleur. Dans leur expérience, le cannabis thérapeutique est tout aussi, voire plus performant que les traitements classiques contre les effets secondaires de la chimiothérapie comme la nausée ou le manque d’appétit.

Une étude publiée dans The European Journal of Internal Medicine a démontré que le cannabis thérapeutique serait effectivement efficace pour soigner les douleurs chez les personnes âgées. 901 patients de plus de 65 ans ont participé à cette recherche. Tous souffraient de douleurs liées soit au cancer, à la maladie de Parkinson, au stress post-traumatique, à une colite ulcéreuse (maladie inflammatoire de l'intestin), ou encore à la maladie de Crohn.

Après six mois de traitement à base de cannabis thérapeutique, plus de 93% des participants ont déclaré que leur douleur avait diminué de 4 à 8 points sur une échelle allant de 1 à 10. Plus de 70% des patients ont affirmé qu’ils ressentaient une amélioration globale de leur état.

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