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Pourquoi 80% des patients mentent-ils tous à leur médecin ?

Par Mathilde Debry

La plupart des patients mentent à leur médecin ou omettent volontairement de signaler des éléments dangereux pour leur santé. 

Catalin205 / IStock.

Selon une nouvelle étude, 80% des patients américains mentent à leur médecin. La majorité des affabulations concernent l’alimentation et l’exercice physique. Beaucoup ne se manifestent pas non plus en cas de désaccord avec le docteur, ou, pire encore, quand ils ne le comprennent pas. Omettre volontairement de signaler des éléments dont on sait qu’ils impactent la santé (alcool, tabac, absence de contraception, baisse de libido, etc…) est aussi un scénario courant.

Peur d'être catalogués

50% des personnes interrogées expliquent qu’elles sont trop gênées pour arriver à s’exprimer devant leur médecin, quand d’autres n’ont simplement pas envie de se faire remonter les bretelles. "La plupart des gens veulent que leur médecin ait une haute opinion d'eux", ajoute la directrice de l’étude Angela Fagerlin, spécialisée en sociologie de la santé (université de l'Alberta, au Canada). "Ils ont peur d'être catalogués comme quelqu'un qui ne prend pas de bonnes décisions", affirme-t-elle.

Deux sondages ont permis de tirer ces conclusions. Le premier a recueilli les réponses de 2 011 participants, âgés en moyenne de 36 ans, et le second a interrogé 2 499 sexagénaires. Tous ont du projeter leur réaction dans sept consultations imaginaires. Les femmes, les jeunes et les plus malades étaient ceux qui mentaient le plus à leur médecin, sur des faits souvent mineurs. Au total, 1 630 participants (81,1 %) et 1 535 participants (61,4 %) ont évité sciemment de divulguer au moins un type d'information à leur médecin.

Des conséquences importantes

Pourtant, "si les patients ne disent pas ce qu'ils mangent ou s'ils prennent bien leurs médicaments, cela peut avoir des conséquences importantes pour leur santé. Surtout s'ils sont atteints d'une maladie chronique", avertit Andrea Gurmankin Levy, professeur agrégé en sciences sociales. Ne pas communiquer avec son médecin diminue aussi nettement les taux de dépistage, qui, dans des maladies graves comme le cancer, permet de sauver des vies. 

L’étude note également que la façon dont les soignants communiquent peut amener les patients à se fermer, et qu’une formation en la matière serait sans doute extrêmement bénéfique.