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Santé publique

Lutte anti-tabac : les méthodes qui marchent

Instaurer un paquet de cigarettes neutre, prendre en charge le sevrage tabagique à 100%, les spécialistes plaident pour une politique plus volontariste contre le tabagisme.

Lutte anti-tabac : les méthodes qui marchent JS EVRARD/SIPA

  • Publié 28.05.2013 à 12h43
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200 morts par jour. Fumer tue presque plus que l’alcool, les suicides et les accidents de la route réunis. Dans son éditorial du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (Beh) publié aujourd’hui, le Pr Yves Martinet qualifie la mortalité liée à la cigarette de « Golden Holocaust » contre lequel il réclame un nouvel élan politique. « Cette situation n’est pas une fatalité et les solutions pour y remédier sont connues », écrit-il dans le Beh. Les méthodes qui marchent sont effectivement identifiées de longue date et souvent mises en œuvre avec succès dans d’autres pays.


Faire respecter l’interdiction de vente aux mineurs

Depuis 2003, la vente de tabac est interdite en France aux moins de 16 ans. En 2009, l’interdiction a été élargie à tous les mineurs. Mais « cette mesure n’a pas d’impact … sauf à être appliquée », taclent Maitena Milhet et ses collègues chercheurs de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies. L’étude qu’ils publient dans le Beh démontre que les mineurs de 12 à 17 ans ont très peu de difficultés à se procurer des cigarettes et que le faible respect de la loi décrédibilise à leurs yeux la portée de cette interdiction.

Ecoutez le Pr Yves Martinet, pneumologue et président du Comité national contre le tabagisme : « 10 000 buralistes vendent encore du tabac à des enfants de 12 ans. » (Entretien réalisé le 14 décembre 2012)


Selon plusieurs études anglo-saxonnes, l’impact de cette interdiction sur le tabagisme des jeunes est pourtant réel lorsqu’elle est respectée par une majorité de buralistes, lorsque des contrôles réguliers sont effectués et lorsqu’existe un dispositif de sanctions graduées.

Frapper au porte-monnaie

L’argument financier est particulièrement efficace, notamment pour empêcher les adolescents de persister après leurs premières cigarettes. A condition que l’augmentation du prix du paquet soit massive, comme en 2003,  lorsqu’il avait grimpé de 40% en un an. Près d’1,8 million de Français avaient alors arrêté de fumer. Mais selon des informations révélées au début du mois par Les Echos, l’exécutif envisagerait de reporter au moins à l’automne la hausse des taxes initialement prévue cet été.


Casser l’attractivité du packaging

63 pays ont adopté les photos chocs sur les paquets de cigarettes, dont la France en 2011. Mais c’est l’Australie qui est allée encore plus loin en imposant depuis le 1er décembre 2012 un paquet neutre et standardisé à tous les fabricants de cigarettes.

Ecoutez Karine Gallopel-Morvan, maître de conférences en marketing social à l’EHESP : « Le packaging c’est le vendeur muet. Si on respectait vraiment la loi Evin, le paquet serait déjà neutre ». (Entretien réalisé le 14 décembre 2012)


Selon les études menées sur ce type de packaging, l’effet est particulièrement marqué chez les adolescents. « On perd l’effet attractif des paquets spécialement conçus pour plaire aux ados et pour minimiser la dangerosité du tabac. Une fois devenu moche, l’objet qui était valorisé comme signe de maturité perd de son intérêt », analyse Karine Gallopel-Morvan. Chez les moins jeunes aussi, l’effet du paquet neutre est probant.
Des études ont montré que ce paquet standard incite le fumeur à réfléchir à l’arrêt du tabac et l’encourage à chercher de l’aide pour arrêter. Ultime preuve de l’importance du packaging, les cigarettiers ont attaqué en justice le gouvernement australien mais ont été débouté par la Haute cour de Sydney. En France, Marisol Touraine s’est dite favorable à ce type de packaging non attractif et une directive européenne imposant des avertissements sanitaires sur au moins 75% de la surface des paquets doit être transposée dans la loi française d’ici 2015.


Rembourser le sevrage tabagique à 100%

Pour prévenir les accidents cardio-vasculaires, la prise en charge à 100% du sevrage tabagique (substituts nicotiniques + consultations de tabacologie) serait une mesure particulièrement coût-efficace. Selon une étude médico-économique dont les résultats sont également publiés dans le Beh thématique tabac, le remboursement intégral du sevrage tabagique représenterait un investissement de 1786 euros par année d’espérance de vie gagnée pour un fumeur tandis qu’il faut dépenser 2579 euros de remboursement de statines dans la lutte contre le cholestérol pour un gain d’un an d’espérance de vie.

Ecoutez le Dr Karine Chevreul, directrice-adjointe de l’unité de recherche en Economie de la santé de l’Assistance publique hôpitaux de Paris : « L’OMS estime qu’une mesure doit être remboursée si sa valeur sociale est inférieure au PIB par habitant, c’est largement le cas. » 



« Nous avons comparé le scénario actuel du forfait de 50 euros une fois par an à un scénario dans lequel la sécurité sociale prendrait totalement à sa charge le coût de 200 euros environ des traitements et des consultations de sevrage tabagique pour tous les fumeurs qui le souhaiteraient une fois tous les 2 ans et pour 4 tentatives », explique l’économiste de la santé Karine Chevreul, co-auteur de cette modélisation médico-économique. La prise en charge à 100 % du sevrage tabagique est déjà recommandée depuis 2005 par la Haute autorité de Santé et le Royaume-Uni et le Québec ont déjà franchi le pas. Mais si la ministre de la santé s’orientait vers un dispositif moins dispendieux pour l’Assurance maladie, en envisageant par exemple une prise en charge à 100% pour les femmes enceintes (qui bénéficient actuellement d’un forfait de 150 euros pour les substituts nicotiniques) et les fumeurs de milieux sociaux défavorisés, la mesure n’en serait pas moins coût-efficace.

Les auteurs de ce Beh et les spécialistes de la lutte anti-tabac sont donc unanimes, il faut  traduire dans la loi française ce que d’autres pays ont su faire pour lutter avec efficacité contre la mortalité liée au tabagisme. Voilà qui devrait faciliter la tâche de Marisol Touraine, la ministre de la santé, qui a promis une grande loi de santé publique dont la lutte anti-tabac sera l’une des priorités.  


 

 

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