- Des chercheurs français montrent que les inhibiteurs de l’acétylcholinestérase, traitant la maladie d’Alzheimer, sont associés à un bénéfice cognitif modéré qui se maintient à long terme, plus précisément jusqu’à quatre ans.
- Les patients ayant poursuivi ces traitements, déremboursés en France depuis 2018, ne présentent pas de surcroît de mortalité par rapport à ceux qui ont arrêté.
- Ainsi, les scientifiques demandent de réexaminer la décision de radiation de 2018.
Chez les personnes atteintes d’Alzheimer, l’acétylcholine, une substance qui permet aux neurones de communiquer entre eux et impliquée dans la contraction musculaire et l'attention, diminue. Le coupable ? L’acétylcholinestérase. Afin de bloquer cette enzyme et ainsi maintenir plus longtemps l’acétylcholine disponible dans le cerveau, des médicaments ont été développés. Il s’agit des traitements inhibiteurs de l’acétylcholinestérase qui visent à améliorer ou stabiliser temporairement les symptômes cognitifs (mémoire, attention, langage). Jusqu’en 2018, ces médicaments "anti-Alzheimer" étaient pris en charge par la Sécurité sociale. Mais cette année-là, le ministère de la Santé a décidé, sur les recommandations de la HAS et faute de données sur leurs bénéfices et leur sécurité d'emploi à long terme, de retirer leur remboursement. Résultat : seuls des traitements symptomatiques, et non curatifs, sont disponibles en France.
Alzheimer : évaluer l’évolution cognitive de 5.700 patients ayant arrêté ou poursuivi le traitement
Mais récemment, une nouvelle étude a relancé le débat sur le déremboursement des anticholinestérasiques. Cette recherche, menée par des chercheurs parisiens et lillois, a comparé l’évolution du déclin cognitif à l’échelle du pays, chez des patients ayant arrêté ou poursuivi leur traitement. Pour les besoins des travaux, parus dans la revue The Lancet Regional Health Europe, l’équipe a inclus 5.700 adultes souffrant de la maladie d’Alzheimer ayant utilisé les traitements inhibiteurs de l’acétylcholinestérase entre le 1er août 2017 et le 1er août 2018. Elle s’est servie du MMSE (Mini Mental State), un score d’évaluation cognitive globale sur 30 points couramment utilisé pour suivre l’évolution de la pathologie neurodégénérative. "La survie a été estimée par une régression logistique groupée incluant le groupe de traitement, la durée du suivi et une interaction entre le traitement et le temps."
Alzheimer : les bénéfices cognitifs durables des inhibiteurs de l’acétylcholinestérase mis en avant
D’après les résultats, le traitement s’est montré bénéfique sur les symptômes cognitifs. Dans le détail, la différence moyenne de déclin du score d’évaluation cognitive globale entre les patients ayant interrompu le traitement et ceux l'ayant poursuivi après un an était de 0,97 point, atteignant 1,81 point après quatre ans. En clair, les effets positifs des médicaments ont été maintenus à long terme. "Aucune différence significative de mortalité n'a été observée sur une période de cinq ans", peut-on lire dans l’étude. Face à ces données encourageantes, les scientifiques plaident, "tout en reconnaissant les limites liées à sa nature rétrospective", pour un réexamen de la décision de radiation de 2018, "car les inhibiteurs de l’acétylcholinestérase restent sûrs et cliniquement pertinents pour la maladie d'Alzheimer légère à modérée."



