- Le cancer du sein post-partum est diagnostiqué dans les 5 à 10 ans suivant un accouchement.
- La sénescence – réponse cellulaire entraînant un arrêt stable du cycle des cellules – semble joue un rôle ambivalent durant le rétablissement "normal" du sein.
- Alors qu'il participe au rétablissement cellulaire, ce mécanisme peut aussi favoriser la dissémination des cellules tumorales.
Chaque année en France, on enregistre environ 61.000 nouveaux cas de cancer du sein. Parmi eux, 5.000 à 6.000 sont des cancers du sein post-partum. C’est-à-dire qu’ils sont diagnostiqués dans les 5 à 10 ans après un accouchement. Ils ont la particularité d’afficher un risque très élevé de risque métastatique.
Une équipe de l'Institut Pasteur a cherché à comprendre les mécanismes impliqués dans ce phénomène. Le risque accru de métastase pourrait être lié à la sénescence, arrêt irréversible des divisions de la cellule.
Leur étude a été publiée dans la revue Nature, le 18 février 2026.
Grossesse : la sénescence joue un rôle essentiel dans le remodelage des tissus mammaires
Pour retrouver son état initial après la grossesse et l’allaitement, la glande mammaire subit une profonde transformation suivant un mécanisme similaire à la cicatrisation. Ce phénomène, appelé involution post-partum, est accompagné d’une inflammation transitoire qui augmente le risque cancérogène pour la mère. Pour mieux le comprendre, les chercheurs ont étudié les glandes mammaires de souris au cours de l'involution.
Dans un premier temps, ils ont découvert que la majorité des cellules entrant en sénescence – c’est-à-dire qu’elles ne se divisaient plus - étaient des cellules productrices de lait. De plus, l'administration aux rongeurs de traitements empêchant justement la sénescence a confirmé qu’il s’agissait d’un élément crucial de l'involution. "En effet, en absence de sénescence, le remodelage tissulaire et la repopulation adipeuse sont retardés", expliquent les auteurs dans leur communiqué.
Par ailleurs, ils ont remarqué que les cellules sénescentes étaient capables de recruter activement des cellules immunitaires (les macrophages) grâce à des molécules qu’elles sécrètent, orchestrant le remodelage du microenvironnement.
"Ces résultats montrent que la sénescence n'est pas simplement un épiphénomène, mais un acteur clé du remodelage tissulaire complet de la glande mammaire lors de l'involution – une reconstruction remarquable sans cicatrice ou dommage durable", explique Aurélie Chiche, première auteure de l'étude.
Cancer du sein : La sénescence est aussi cœur du risque métastatique accru
La sénescence, nécessaire au rétablissement “normal” de la poitrine après une grossesse, semble être à double tranchant. Les chercheurs ont découvert qu'elle peut aussi être détournée et favoriser la formation de tumeurs. "Les cellules sénescentes renforcent la plasticité des cellules tumorales via les facteurs qu'elles sécrètent. Ces cellules s’adaptent plus facilement à des changements dans leur environnement, ce qui leur permet de survivre et de se propager dans l'organisme", expliquent les scientifiques.
Mais, bonne nouvelle : après avoir donné le traitement anti-cellules sénescentes à des souris en plein processus d’involution, l’équipe a noté que l'apparition des tumeurs a été retardée et la formation de métastases était moindre.
"Nos résultats suggèrent qu'une intervention ciblée visant à modifier les cellules sénescentes durant l'involution de la glande mammaire pourrait réduire le risque de cancer du sein post-partum", conclut Han Li, auteure principale de l’étude.
La chercheuse ajoute que la compréhension des mécanismes de l’involution post-partum et leur rôle dans le risque accru de cancer mammaire métastatique pourrait aider à "développer de futures interventions préventives contre une forme de cancer représentant un besoin médical critique".




