- Une molécule appelée FAM83H-AS1 permet à certaines tumeurs de se protéger du système immunitaire.
- Ce mécanisme rend ces cancers plus sensibles à l’immunothérapie.
- Cette découverte pourrait aussi profiter à d'autres types de cancers.
Des cancers capables de retourner nos propres défenses contre nous : de récents travaux, publié dans la revue Science Bulletin, révèlent comment une molécule spécifique, baptisée FAM83H-AS1, permet à des tumeurs du sein agressives d’échapper au système immunitaire. La bonne nouvelle, c’est que cette même molécule pourrait aussi rendre ces tumeurs plus sensibles à certains traitements. Explications.
Une fausse alerte qui aide la tumeur à grandir
Quand des cellules deviennent cancéreuses, elles endommagent leur ADN. Normalement, cela déclenche une alerte qui active le système immunitaire pour attaquer la tumeur. Sauf que certaines tumeurs utilisent la molécule FAM83H-AS1 pour brouiller ce signal. Ce "faux" signal vient contourner la réaction immunitaire et modifier la réaction de défense : au lieu d’attaquer, le corps entre dans un état d’inflammation qui aide la tumeur à grandir. En clair, la molécule FAM83H-AS1 transforme un signal d'alerte en environnement favorable au cancer. Un vrai "détournement" (hijacking en anglais).
FAM83H-AS1 est une molécule dérivant d’un ARN non codant (ou ARN non messager), c’est-à-dire qu'elle ne produit pas de protéine. Elle se trouve dans une vaste région du génome appelée "désert génique", longtemps considérée comme peu utile. Mais cette étude montre que cette molécule est en réalité très active dans de nombreux cancers. Non seulement FAM83H-AS1 est fréquemment présente à des niveaux élevés dans les tumeurs et affaiblit la réponse immunitaire, mais elle est aussi liée à un moins bon taux de survie chez les patientes atteintes de cancer du sein.
Une nouvelle cible pour les immunothérapies
Ce "détournement" a toutefois un effet secondaire intéressant : il pousse les tumeurs à produire une grande quantité de la protéine PD-L1. Or, cette dernière est justement la cible de plusieurs immunothérapies existantes. D'après l'étude, les patients dont les tumeurs surexpriment FAM83H-AS1 pourraient ainsi répondre particulièrement bien à ces traitements. "Notre travail met en lumière une faiblesse que la médecine peut exploiter", soulignent les auteurs, chercheurs à l’Université Sun Yat-Sen (Chine), dans un communiqué.
Ces découvertes pourraient même avoir des implications bien au-delà du cancer du sein. Les scientifiques pensent en effet que ce mécanisme de "hijacking" immunitaire pourrait concerner d'autres tumeurs, et qu'il existe encore de nombreux "éléments cachés" (dark forests) dans notre ADN qui influencent la progression du cancer.



