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The Lancet

Anxiété de l'enfant : un psy plutôt que les médicaments

Par Mathilde Debry

Une thérapie cognitivo-comportementale vient d’être validée pour venir en aide aux enfants trop anxieux.

BrianAJackson / stock
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Pour venir en aide aux enfants anxieux, une thérapie cognitivo-comportementale vient d’être validée par une étude publiée dans The Lancet. "Les troubles anxieux pédiatriques sont associés à une incapacité importante et à des conséquences néfastes à long terme, mais seule une faible proportion des enfants touchés ont accès à un traitement fondé sur des données probantes", déplorent en préambule les chercheurs.

Pour valider la thérapie cognitivo-comportementale sur Internet (ICBT), les scientifiques ont réalisé un essai contrôlé randomisé à simple insu dans une unité de recherche clinique au sein des Services de santé mentale pour enfants et adolescents à Stockholm (Suède). Les participants étaient des enfants âgés de 8 à 12 ans, souffrant d’un trouble anxieux majeur (trouble anxieux de séparation, trouble anxieux généralisé, phobie spécifique, trouble anxieux social ou trouble panique).

Un traitement de 12 semaines

Entre le 11 mars 2015 et le 21 octobre 2016, 131 participants ont été affectés soit à la thérapie cognitivo-comportementale sur Internet, soit à jeu numérique, qui visait à améliorer la relation parent/enfant sans spécifiquement cibler l’anxiété. La gravité du trouble anxieux a diminué de façon significative après un traitement de 12 semaines pour les participants des deux groupes.

Cependant, une amélioration plus marquée a été observée avec la thérapie cognitivo-comportementale qu'avec le jeu sur Internet. 29 (48%) participants du groupe de la thérapie ne souffraient plus de trouble anxieux à la fin de l’expérience, comparativement à neuf (15 %) du groupe témoin. Aucun effet indésirable grave n'a été signalé. "L'ICBT est un traitement efficace et rentable des troubles anxieux pédiatriques qui devrait être envisagé dans le cadre des soins cliniques courants", concluent les chercheurs. 

Un élément positif dans la crise qui s'annonce

C'est une nouvelle intéressante dans le cadre de la crise qui s'annonce pour la prise en charge des troubles psychologiques de l'enfant. Cette thérapie cognitivo-comportementale peut, en effet, être réalisée par des psychologues sur prescription des pédopsychiatres.

En effet, avec la raréfaction des pédopsychiatres il y a déjà des problèmes : à l’occasion de sa rencontre annuelle, le réseau européen des Défenseurs des enfants a publié ce mercredi 19 septembre une enquête inquiétante. D’après Le Parisien qui y a eu accès, près de 12,5% des enfants et adolescents sont en souffrance psychique dans l’Hexagone. Selon Geneviève Avenard, la présidente de l’Institution interviewée par le quotidien, cette situation alarmante s’explique par une "pénurie importante de pédopsychiatres" dans le pays.

"On est au bord de la catastrophe"

"La densité moyenne n’est que de 15 pédopsychiatres pour 100 000 jeunes de moins de 20 ans avec une grande inégalité territoriale (…) Dans certaines zones, il n’y a même plus de spécialistes, ni d’enseignements chercheurs. Les futurs pédopsychiatres ne peuvent donc plus être formés", explique-t-elle. Et cette carence entraîne un temps d’attente beaucoup trop long pour certains enfants qui devraient être soignés immédiatement.

Cette situation aboutit à de nombreuses dérives, dénonce la défenseure des enfants, également adjointe au défenseur des droits Jacques Toubon. "On se rend compte aussi que certains adolescents de 15-16 ans qui ont besoin d’être hospitalisés en psychiatrie se retrouvent dans les mêmes services que les adultes ! On le dénonce. Ce n’est pas leur place", développe-t-elle, alertant : "on est au bord de la catastrophe".