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Industrie pharmaceutique

Conflits d’intérêts : les étudiants de médecine veulent être formés

Par Marion Guérin

ENTRETIEN – La prévention des conflits d’intérêts avec l’industrie pharmaceutique se met doucement en place dans les facultés de médecine françaises.

orcearo/epictura

C’est une première en France : une association a entrepris de classer les facultés de médecine en fonction de leur politique de prévention des conflits d’intérêts avec le milieu de l’industrie pharmaceutique. L’initiative provient de FORMINDEP, un collectif qui milite pour une formation « indépendante de tout autre intérêt que celui de la santé des personnes » et a fortiori des laboratoires.

Le collectif a repris une liste de critères mis en œuvre aux Etats-Unis pour évaluer le degré d’indépendance des universités médicales. Chaque critère (limitation des cadeaux et repas offerts par l’industrie pharmaceutique, encadrement des liens d’intérêts des enseignants…) permettait de remporter un point.

Verdict : sur les 37 facultés de médecine, seules neuf obtiennent au moins un point. Deux d’entre elles tirent leur épingle du jeu (Angers et Lyon-Est, avec 4 et 5 points) ; toutes les autres stagnent à zéro. Ces résultats, publiés dans la revue PLOS One, doivent toutefois être pris avec des pincettes, puisque seuls trois doyens de facultés ont répondu à l’enquête. Isabelle Richard, doyenne de la faculté de médecine d’Angers, en fait partie.


Pourquoi la politique d’Angers vis à vis des conflits d’intérêts a-t-elle été distinguée ?

Isabelle Richard : Notre résultat sur ce classement est tout à fait fortuit et lié au fait que nous avons répondu, il n’y a aucune particularité angevine sur ce sujet. Nous y sommes un peu plus sensibles, tout simplement. Nous nous sommes posé la question il y a plusieurs années dans le cadre de la formation médicale continue. Notre politique inclut par exemple une diapositive type de déclaration des conflits d’intérêts des enseignants intervenant en FMC.

Nous distinguons aussi soigneusement ce qui relève des activités de formation organisées par l’université dans lesquelles il n’y a pas de participation de l’industrie pharmaceutique, et ce qui relève de manifestations organisées par d’autres (laboratoires, assurances et toutes sortes d’entreprises) dans les locaux de l’université. A ce moment-là, nous faisons des contrats de mise à disposition de locaux, et tout est très clair. Il n’y a pas une seule information avec le logo de l'Université d’Angers si ce n’est pas nous qui en sommes à l’origine. Enfin, dans l’un des séminaires transversaux, on évoque ces relations avec l’industrie pharmaceutique, mais ce n’est pas un enseignement spécifique.

On ne retrouve pas de telles mesures dans les autres facultés ?

Isabelle Richard : Si, probablement, d’où le fait que le classement n’a pas beaucoup de sens. Il permet de jeter un pavé dans la mare et de relancer un débat qui, par ailleurs, n’est pas dénué d’intérêt. La réflexion sur la prévention des conflits d’intérêt avec les entreprises des produits de santé a autant sa place dans les stages hospitaliers qu’à la faculté.

Il faut former les étudiants à repérer les situations à risque de conflits d’intérêts et il est certain que les universités ne le font pas assez, mais il y a un frémissement, cela se met en place. Les étudiants sont d’ailleurs très demandeurs de ce type de formation. Ainsi, il ne s’agit pas de classer les facultés entre elles mais de faire progresser tout le monde - Formindep l’a d’ailleurs bien rappelé.

Envisagez-vous d’accroître les contrôles des intervenants, ou de limiter les financements industriels au sein de la faculté ?

Isabelle Richard : En l’état, il n’est pas question de refuser la taxe d’apprentissage qui émane de l’industrie pharmaceutique, comme de toutes les entreprises des autres secteurs. Il s’agit d’un impôt qu’elles doivent payer ; si le législateur décide qu’il faut supprimer la taxe issue du milieu pharmaceutique, alors, pourquoi pas. Mais sinon, il n’est pas pertinent de refuser de la collecter auprès de ce secteur en particulier.

Concernant les enseignants, est-ce pertinent de refuser certains cumuls d’activités, et sur quels critères ? La réponse n’est pas évidente, il reste du travail à faire par la communauté hospitalo-universitaire autour de cette question. La bonne piste, c’est qu’il y ait un accès public à ces activités. Le décret du 28 décembre sur ce qui doit être déclaré sur le site transparence.gouv est une bonne chose, de même que le contrat unique portant sur les activités de recherche clinique. Grâce à ce contrat, les investigateurs et les industriels passent par l’institution, il ne s’agit pas de liens personnels. Je crois qu’à travers ces deux éléments (transparence et contrat unique), ainsi qu’avec une formation qui doit certainement s’intensifier dans les facultés, nous allons dans la bonne direction, à Angers comme ailleurs.

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