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Prise de position dans le JAMA

Médicament : les femmes trop souvent exclues des essais cliniques

Par Audrey Vaugrente

La science n’est pas moderne. Même aujourd’hui, les femmes sont trop souvent ignorées dans les recherches médicales. Deux chercheuses dénoncent ce phénomène.

Yaruta/epictura

Nous avons deux bras, deux jambes, une tête… Mais la liste des similitudes entre hommes et femmes est relativement courte. Gènes, mécanismes biologiques, anatomies : les variations sont en fait nombreuses. Et pourtant, la littérature scientifique reflète mal ces différences. Une prise de position publiée dans la revue médicale JAMA souligne ce paradoxe. Ses auteurs plaident en faveur d’une meilleure prise en compte des femmes dans les travaux de recherche médicale.

Intégrer sexe et genre

Un essai clinique mené sur une majorité d’hommes… et qui concerne un « Viagra féminin ». La situation est ubuesque, mais bien réelle. Afin d’évaluer les interactions entre ce médicament et l’alcool, des chercheurs ont recruté 23 hommes et 2 femmes. La littérature regorge d’exemples de ce type. « Jusqu’à récemment, la plupart des travaux sur la santé de l’être humain a favorisé les hommes, en dépit du fait que les femmes représentent la moitié de la population », souligne le Dr Cara Tannenbaum, de l’université de Montréal. Elle co-signe cette publication avec le Dr Janine Austin Clayton, des Instituts américains pour la santé (NIH).

En réalité, peu d’études à objectif médical prennent en compte les variations des sexes lorsqu’elles analysent les résultats. Une série de recommandations ont été publiées sur le site EQUATOR, un réseau international qui donne les orientations pour la recherche médicale. Elles invitent les chercheurs à intégrer davantage les variations de sexe et de genre dans les résultats. Et ce, dès le stade expérimental. Car même pour des pilules contraceptives féminines, les animaux de laboratoire sont souvent de sexe masculin.

Une sensibilité exacerbée

Sexe et genre sont des termes qui continuent de poser problème au grand public comme aux scientifiques. « Le sexe d’une personne se réfère à sa biologie, par exemple ses chromosomes XX ou XY, son anatomie ou ses hormones sexuelles », clarifie Cara Tannenbaum. Le genre, lui, relève plus de l’identité sociale et culturelle. Il revêt aussi un rôle important, puisque le pronostic après un infarctus est plus influencé par le genre que par le sexe.

Ces deux éléments ont encore une place marginale dans les essais cliniques publiés. Les chercheurs formés avant 1990 ont tendance à penser, à tort, que les résultats peuvent être aisément transposés à la femme. L’exemple de l’hypnotique Zolpidem les contredit aisément. Les patientes devraient recevoir une demi-dose par rapport aux hommes. Elles sont en effet plus sensibles aux effets de cette molécule.

« Nous savons à présent que les femmes métabolisent certaines molécules différemment des hommes », rappelle le Dr Tannenbaum. Les exclure des recherches n’a donc plus de sens, et pourrait même se révéler plus coûteux que prévu. Il n’est pas rare, en effet, que des projets soient relancés pour évaluer les effets secondaires chez la femme.