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QUESTION D'ACTU

Annonce de Marisol Touraine

VIH : la prescription de Truvada autorisée hors de l’hôpital

ENTRETIEN - Le Truvada, indiqué en prévention du VIH, va être prescrit dans les Centres de dépistage anonymes et gratuits. 

VIH : la prescription de  Truvada autorisée hors de l’hôpital Jeff Chiu/AP/SIPA

  • Publié 11.06.2016 à 07h20
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Le traitement préventif du VIH sort de l’hôpital. Autorisée en janvier 2016, la prophylaxie pré-exposition (PrEP) sera aussi prescrite en Centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD). La ministre de la Santé, Marisol Touraine, l’a affirmé à l’Assemblée générale des Nations Unies sur la fin du SIDA à New-York (Etats-Unis). L’annonce a été confirmée ce 10 juin par un arrêté au Journal Officiel. Il devrait être suivi dans la foulée d’un amendement de la recommandation temporaire d’utilisation (RTU) dont bénéficie la pilule bleue.

En élargissant l’accès au Truvada, la France souhaite renforcer la protection des personnes les plus exposées au VIH. « Nous allons vers toutes les populations, même les plus éloignées, a déclaré la ministre de la Santé. Aller vers les populations les plus éloignées du système de santé, voilà la clé pour combattre, et à terme éradiquer le virus du Sida. » Quelles seront les modalités d’application de ce texte ? Décryptage avec Fabrice Pilorgé, chargé de la mission « Démocratie sanitaire » pour l’association AIDES.

Qui pourra prescrire le Truvada en CeGIDD ?

Fabrice Pilorgé : Jusqu’à présent, seuls les médecins hospitaliers pouvaient le prescrire, selon les termes de la RTU. Maintenant, les médecins expérimentés dans le domaine du VIH et qui exercent en CeGIDD vont pouvoir le faire. Cette formule ouvre la prescription aux médecins généralistes. Cela élargit considérablement les lieux potentiels de prise en charge.

Les conditions de délivrance changent-elles ?

Fabrice Pilorgé : Cela va se passer comme à l’hôpital. Les gens auront leur prescription, iront à la pharmacie avec leur carte vitale et le Truvada leur sera délivré. On aurait pu envisager que les CeGIDD délivrent aussi la PrEP mais cela aurait considérablement alourdi les budgets et la logistique. Cela ne nous semblait pas forcément utile et aurait pris beaucoup plus de temps.

Ce système peut poser problème aux personnes qui n’auraient pas de couverture maladie. C’est un sujet que nous allons aborder pour la prochaine loi de financement de la sécurité sociale. Nous allons demander la création d’un petit budget en ce sens.

Les bénéficiaires seront-ils accompagnés, comme à l’hôpital ?

Fabrice Pilorgé : La PrEP s’entend difficilement sans accompagnement. C’est le modèle qui a été validé par l’essai Ipergay (qui a testé l’efficacité du Truvada en PrEP, ndlr). En théorie, les CeGIDD peuvent avoir des médiateurs en santé, qui peuvent être affiliés à des associations. A ma connaissance, aucune structure ne dispose de budget pour cela. La PrEP n’était pas incluse lors de la modélisation de leur financement. Il faudra donc poser la question du financement des consultations dédiées.

Ecoutez...
Fabrice Pilorgé, chargé de mission AIDES : « Le problème concerne les examens supplémentaires, tous les deux mois. On risque d'avoir une surcharge financière pour ces examens gratuits en CeGIDD. »


Les CeGIDD atteindront-ils vraiment les populations isolées ?

Fabrice Pilorgé : Le CeGIDD est fait pour aller vers les populations vulnérables au VIH et aux IST : il n’est pas à l’hôpital, un certain nombre de gens a l’habitude de le fréquenter, les horaires d’ouverture s’adaptent au public cible. De ce point de vue, c’est le bon outil : il multiplie les points d’accès dans des lieux conçus pour aller vers des populations cible et les recevoir.

Se pose ensuite la question de la mise en œuvre. Il y aura certainement des variations en fonction des territoires. Est-ce que tous donneront accès à la PrEP ? Ca n’est pas sûr. La PrEP est-elle nécessaire dans tous les CeGIDD ? Probablement pas, puisque que la population concernée n’est pas forcément présente.

L’un des enjeux est de multiplier les points et d’élargir les cibles. Les consultations à l’hôpital concernent surtout des hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes. Dans les recommandations et la RTU, le public est plus large. On pense en particulier aux migrants, en particulier aux femmes. On espère que les CeGIDD aideront à les atteindre.

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6 mois de PrEP

La prophylaxie pré-exposition fête ses six mois. Autorisé en prévention du VIH en janvier 2016, le Truvada a fait des émules : 66 consultations hospitalières dédiées ont ouvert sur le territoire français et 765 personnes ont intégré un programme de PrEP selon AIDES. Le public est cependant moins varié que les recommandations émises par les autorités sanitaires : 99 % des bénéficiaires sont des hommes homosexuels selon les données présentées à la conférence AFRAVIH. Le schéma continu est largement privilégié puisque 80 % des personnes prennent un comprimé par jour. La prise « à la demande », évaluée dans l’essai Ipergay, rencontre donc moins de succès.

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