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Absence d'employés municipaux

Arrêts maladie : le maire de Poissy demande aux médecins plus de vigilance

Par Bruno Martrette

D'après le maire de Poissy, l'absentéisme des agents municipaux coûte 2 millions d'euros par an. Il appelle donc les généralistes à la modération. Ces derniers sont vent debout. 

Capture d'écran du maire de Poissy, Karl Olive, sur son compte Twitter

Après le harcèlement de l'Assurance maladie, c'est celui des élus que dénoncent les syndicats de médecins libéraux. Dans un courrier daté du 25 mars, le maire de Poissy (Yvelines), Karl Olive (LR), demande aux 45 généralistes de sa commune de mettre la pédale douce sur les arrêts maladie. 

Au fil des lignes, l'édile dénonce le coût exorbitant pour la commune lié à l'absentéisme des agents pour raisons médicales. Selon lui, la facture s'élève à 1 800 euros par agent en 2013. L'addition atteindrait même la somme de 2 millions d'euros chaque année. S'ajoutent à ces sommes, « la désorganisation des services et la qualité du service public qui risque d'en souffrir », précise-t-il.

Et c'est ensuite que la plume devient acerbe. « S'il est communément admis, que moins de 5 % des agents abusent des arrêts de maladie, que moins de 1 % des médecins prescrivent des arrêts dits de "complaisance", il est toutefois indispensable de réduire au maximum ces pratiques que je ne saurais accepter plus longtemps ». 
L'avertissement est suivi d'instructions à l'égard des médecins : « Je vous invite donc à faire preuve d'une vigilance accrue et à ne pas hésiter à orienter vos patients (agents de la ville) vers le médecin de prévention dès lors que vous aurez décelé que les difficultés évoquées par ces agents sont en lien direct avec le travail », poursuit-il.
Anticipant les représailles des médecins, l'homme se défend d'appliquer une gestion « en bon père de famille » avançant que l'absentéisme est de 20 jours d'arrêt de travail dans son administration, contre 11 jours dans le secteur privé.

Les médecins en colère  

Contacté par Pourquoidocteur, le Dr Jean-Paul Hamon, président de la FMF (1), parle d'un courrier « surréaliste » envoyé aux médecins de la ville . « Pas un instant le maire de Poissy n’envisage de réfléchir sur les causes de cet absentéisme », déplore-t-il.
Comme explication possible, ce syndicaliste souligne qu'au niveau national « les salariés sont de plus en plus arrêtés à cause d'un épuisement professionnel (burn-out) ou parce qu'ils sont harcelés par leur employeur ». 
Et en guise d'avertissement aux politiques, le deuxième syndicat de généralistes rappelle, par ailleurs, les dégâts engendrés par ces « mesures d'intimidation ». Il cite l’arrêt d’activité récent de deux consœurs poursuivies par leur CPAM (1) pour le même motif dans des zones démographiquement faibles. 
« Il serait temps que les élus prennent conscience de la menace de désertification médicale qui menace toutes les communes de France. Il serait temps de considérer les médecins libéraux comme des professionnels responsables et indépendants », martèle-t-il.
Dans ce contexte, la FMF demande aux élus, et notamment au Maire de Poissy, de prendre conscience que de telles missives décourageront les médecins de s’installer dans leur ville.

La réaction des généralistes de Poissy 
Dans une lettre ouverte publiée ce lundi, quinze généralistes de Poissy font part de leur mécontentement suite à la remise en cause par le maire de leur indépendance professionnelle. Les généralistes y dénoncent l'ingérence d'un élu qui s'occupe de missions qui ne sont pas de sa « responsabilité » ni de ses « prérogatives ».
« La Sécurité sociale se charge déjà de ”surveiller nos prescriptions” […]. Cela suffit », écrivent-ils. Enfin, ils se défendent de prescrire trop d'arrêts de travail. 


(1) Fédération des Médecins de France

(2) Caisse Primaire d'Assurance Maladie