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Rupture sentimentale

Le syndrome du cœur brisé : la mise en garde des cardiologues

Par Julian Prial

Surtout pour les femmes, une séparation s’accompagne souvent d’un stress aigu potentiellement nuisible au coeur. Le Tako-Tsubo, faux infarctus de stress, en est un exemple. 

WIDMANN/TPH/SIPA

Selon une étude de l’Insee (1) publiée en décembre 2015, la vie des couples français est de plus en plus fragile. En 15 ans, le nombre de ruptures a ainsi bondi de 63 %. Pour les hommes, et plus encore pour les femmes, les conséquences d’une séparation entraînent des modifications importantes au quotidien (changement de résidence, garde alternée…). Elle s’accompagne aussi souvent d’une baisse du niveau de vie et donc d’un stress émotionnel aigu potentiellement nuisible à la santé cardiaque.
Face a ce constat, la Fédération Française de Cardiologie (FFC) alerte ce mercredi sur les effets du stress émotionnel qui peuvent déclencher le syndrome du cœur brisé (ou cardiomyopathie de stress) dont les symptômes sont proches de l’infarctus. On le connaît mieux sous le nom japonais de « Tako-Tsubo », littéralement « piège à poulpe ».

Les femmes ménopausées premières victimes 

Et cette affection est loin d'être anodine. Des chercheurs de l’Université de Zurich ont publié en septembre 2015, dans le New England Journal of Medecine, des résultats inquiétants sur ce syndrome. Le taux de mortalité de la maladie de Tako-Tsubo (3,7 %) serait presque aussi élevé que celui des crises cardiaques dues à un infarctus du myocarde (5,3 %). Heureusement, il ne concerne qu'environ 2 % des hospitalisations pour infarctus du myocarde.

Toujours selon cette étude, les chocs émotionnels (perte d’un être cher, rupture amoureuse…) souvent associée à une fatigue intense (épuisement moral et physique) sont des facteurs déclencheurs du Tako-Tsubo dans 27,7 % des cas.

Les femmes en sont les premières victimes (9 femmes pour 1 homme) car leurs artères, particulièrement sensibles aux effets du stress, se contractent plus facilement. Pire, le situation des femmes ménopausées qui sont encore plus touchées par le « cœur brisé » parce qu'elles ne sont plus protégées par leurs hormones relaxantes « les oestrogènes ».

Apprendre à gérer son stress

Parmi les symptômes qui peuvent alerter ces femmes, « beaucoup peuvent évoquer une crise cardiaque : essoufflement brutal, douleur violente dans la poitrine, arythmie, perte de connaissance, malaise vagal », décrit le Pr Claire Mounier-Vehier, présidente de la FFC.

Des actions préventives existent. La Fédération rappelle en effet qu’il est important d'agir en amont en combattant le stress pour garder un cœur en bonne santé. Elle a mis pour cela à la disposition de tous, la brochure « Cœur et Stress », une mine d’informations et de conseils pour apprendre à faire face aux situations de stress. Elle propose également aux Français de tester l'état de leur coeur en trois minutes sur : http://jaimemoncoeur.fedecardio.org/

Comment faire face au syndrome

S'il est déjà trop tard, mieux vaut connaître les bons réflexes. Ce syndrome nécessite un diagnostic rapide afin d'éviter des répercutions graves pour le cœur et permettre une prise en charge adaptée.
L’appel du 15 est ainsi primordial. L'hospitalisationd doit se faire en urgence unité de soins intensifs cardiologiques, avec une prise en charge en  comparable à celle de l’infarctus du myocarde, précise la FFC.
Une fois l’épisode initial terminé, le traitement médical sera poursuivi quelques mois sous stricte surveillance du cardiologue et du médecin traitant jusqu’à la récupération, souvent complète, de la fonction du cœur.  

Enfin, ce syndrome lié au stress apparaît aussi dans des conditions moins connues. En janvier 2015, lorsque la France a été marquée par une vague d'attentats, les cardiologues d'une clinique à Toulouse ont enregistré 75 % d'hospitalisations en plus. Parmi ces patients, les médecins ont dû faire face à deux cas de syndrome de tako-tsubo. Ces gens ont développé ce type d'anomalie alors qu'ils avaient un coeur strictement normal avant les attaques terroristes. En cause, l'état de tension dans lequel ils étaient en regardant les images télé de l'évènement. 

(1) Institut national de la statistique et des études économiques