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Académie américaine de chirurgie neurologique

Greffe de tête : le chirurgien italien a besoin de 100 millions d'euros

Par Julie Levallois

Le chirurgien italien qui veut pratiquer une greffe de corps appelle au don. Pour réaliser son projet controversé, il a besoin de 100 millions d'euros. 

Le Dr Sergio Canavero (à droite) en compagnie d'une de ses pairs de l'université de Turin (AGF EDITORIAL/SIPA)
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La présentation a laissé les spécialistes sceptiques. Le chirurgien italien qui a annoncé vouloir pratiquer une greffe de corps a présenté son projet au Congrès annuel de l’Académie américaine de chirurgie neurologique et orthopédique, qui se tient les 12 et 13 juin à Annapolis (Maryland, Etats-Unis). Pendant deux heures et demie, le Dr Sergio Canavero a détaillé son programme fou.

« Je suis ici aujourd’hui pour nous donner à tous une vision », a déclaré le neurochirurgien, dont les propos sont rapportés par le Guardian. Cette vision, c’est celle d’un nouveau type de greffe : celle d’un corps dont le propriétaire est en état de mort cérébrale, sur la tête d’un patient dont le corps est malade. Et le Dr Canavero ne lésine pas sur les analogies : il n’hésite pas à se réclamer du philosophe Kierkegaard, de l’auteur de science-fiction Arthur C. Clarke… et compare son projet à l’envoi de l’Homme sur la Lune !

Pour accomplir ce projet controversé, celui que les médias surnomment déjà « Dr Frankeinstein  » réclame 100 millions de dollars (88,5 millions d'euros) et appelle ses collègues à la générosité. Il invite également les grandes fortunes de ce monde à se mobilise. « Des milliardaires comme Bill Gates pourraient donner de l'argent pour ce projet ambitieux », suggère-t-il, tout en reconnaissant ne pas être certain de la méthode à employer pour sa greffe de corps. 

« Et boum ! »

En effet, après sa présentation, Sergio Canavero a été longuement interrogé sur les tenants et les aboutissants de la greffe de corps. Risque de rejet, raccord à la circulation sanguine… les questions ont été précises, les réponses moins. L’Italien s’est contenté de détailler le raccord de la moelle épinière, point crucial de l’opération : une lame très fine doit être créée pour sectionner les nerfs sans les abîmer. Du polyéthylène glycol servira à raccorder les centres moteurs de la tête à ceux de la colonne vertébrale. Les autres aspects ont été plus vaguement abordés. Comment les différentes fonctions motrices vont-elles fonctionner ? Pour le neurochirurgien, la réponse est simple, s’amuse le Guardian : « Vous coupez le spaghetto, vous appliquez le polyéthylène glycol, et boum ! »

Mais comme l'affirmait en 2013 le neurochirurgien Marc Lévêque, interrogé par Pourquoi docteur : « On aura beau disposer des meilleures colles biologiques, des facteurs de croissance les plus performants, des matrices de repousse nanométriques, la question n'est pas là. » Relier les milliers d'axones, prolongements fibreux des neurones, est pour le moment infaisable.

Cette conférence a surtout été l’occasion d’une rencontre entre le chirurgien et son patient volontaire. Valery Spiridonov, 30 ans, est atteint d’amyotrophie spinale. Cette maladie se caractérise par une réduction progressive, mais irréversible, de la masse musculaire. Il a également fait part de son enthousiasme devant l’auditoire de chirurgiens. Et si la présentation n’a pas suscité de vocation ou motivé les investisseurs, le Dr Canavero ne s’est pas découragé. Il maintient au contraire le cap : la greffe de corps sera pratiquée d’ici 2016.