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Psychologie

Permis de conduire : comment mettre fin aux échecs à répétition ?

Par Sophie Raffin

Au 1er janvier 2024, les jeunes de 17 ans pourront aussi passer une des épreuves les plus stressantes : le permis de conduire. Ce papier rose échappe d'ailleurs plusieurs fois à certaines personnes... alors même qu'elles réussissent tous les autres examens haut la main. Comment expliquer ces échecs à répétition et surtout y mettre fin ?

humonia/istock

En 2022, le taux de réussite global au baccalauréat était de 91 % tandis que celui du permis B était de 56,8 %, seulement. Obtenir l’autorisation de s’installer derrière un volant semble plus difficile que résumer des années de connaissance… Ainsi, entre ces examens, tous deux symboles du passage à l’âge adulte ou d’indépendance, le permis de conduire semble mettre à mal bien plus de personnes que le diplôme du baccalauréat.

Joran Farnier, psychologue clinicien et fondateur de l'Institut de Psychologie Positive Appliquée, explique l’origine des difficultés rencontrées par les candidats malheureux du permis et comment surmonter le stress de l’épreuve. 

Permis de conduire : pourquoi autant d'échecs ?

Une des premières raisons de la difficulté des épreuves de conduite est tout simplement qu’elles évaluent des compétences différentes qu'à l'école. Si les examens classiques mesurent les capacités mentales comme la mémorisation ou la résolution de problèmes, le permis de conduire évalue les compétences pratiques et moteurs. C’est pourquoi être doué dans les matières scolaires n'est pas un gage de réussite au permis. Les épreuves ne reposent pas sur les mêmes types d’apprentissage et de connaissance.

Le second point susceptible d'être un obstacle pour le candidat est le stress. “Comme tout examen, le permis peut générer de l’anxiété de performance. Face à l’incertitude de la réussite, un examen peut activer une peur de l’échec et causer une forme d’anticipation anxieuse de l’épreuve”, met en garde l’expert. Toutefois, le permis de conduire à des spécificités par rapport aux autres tests qui peuvent le transformer pour certain en véritable parcours du combattant et expliquer son taux d’échec important.

- Le regard de l’examinateur (et parfois même d’autres candidats ou du moniteur présents dans la voiture) : “le permis se distingue des examens écrits, car comme un examen oral, vous êtes évalué en direct. Vous êtes observé et évalué sur chacune de vos actions. Cela contribue bien plus à augmenter le stress qu’être seul face à sa copie d’examen”, rappelle Joran Farnier.

- L'impossibilité de corriger : “cette observation en direct signifie que vous n’avez pas le temps de la réflexion et que face à une erreur, vous ne pouvez pas rectifier avec du blanc correcteur votre erreur. Ce caractère irréversible de chaque action génère l’interdiction de faire des erreurs, ce qui augmente encore plus l’anxiété”.

- L’incertitude : chaque examen a une part d'imprévu. “Dans le cas du permis, il y a pas mal de facteurs qu’on ne peut pas maîtriser : la météo, la circulation, le comportement des autres conducteurs, la route qui sera empruntée”. Autant d’éléments imprévisibles qui sont susceptible de faire monter la pression.

- Des enjeux psychologiques et sociaux importants et parfois déstabilisants : “il est important de savoir que ce n’est pas uniquement la situation qui cause le stress, mais la perception que nous en avons”, explique le psychologue. “Plus une personne va mettre des enjeux élevés sur la réussite de son permis, plus cela peut augmenter son stress, notamment si elle doute de ses capacités à le passer”. 

Tous ces éléments réunis peuvent créer un cocktail de stress et d'anxiété qui submerge le candidat et le conduit à faire des erreurs pendant l’examen de conduite.

Examen du permis de conduire : quels sont les moyens de réduire le stress ?

Pour réduire le stress, le premier point est de ne pas le voir comme un ennemi. “Le stress n’est pas là pour nous embêter, il nous indique simplement qu’une situation est importante à nos yeux, et il nous fournit l’énergie pour s’y préparer et l’affronter”, rappelle l’expert. Maitrisé, il peut d’ailleurs se révéler être un allié. “Il vous aidera à être plus vigilant, à avoir de l’énergie et à anticiper les scénarios catastrophes pour vous y préparer”. Finalement, ce n’est pas l’anxiété mais son excès qui est susceptible d'être néfaste pendant les tests.

“L’idée n’est pas d’enlever le stress. Rien de plus normal qu’il soit présent face à un examen important. Mais, plutôt de trouver une manière de mieux le vivre et de l’apaiser”, conclut Joran. Des techniques peuvent aider les aspirants conducteurs à faire baisser la pression incapacitante le jour de l’examen. Le psychologue conseille plusieurs types d'exercices à faire avant l'exam.

Se concentrer sur ses réussites

La psychologie positive propose par exemple de se concentrer sur ses forces et ses capacités. Pour cela : 

- il faut lister les situations que vous avez bien gérées lors de vos heures de conduite. 

- Puis, les petites réussites dans votre vie : les examens réussis, les problèmes résolus, les projets menés à bien…

“L’idée est de vous refocaliser sur ce que vous savez faire plutôt que sur l'incertitude et sur l’anticipation de l’échec”, explique le spécialiste.

La respiration relaxante

Cet exercice est à faire 15 min la veille ainsi qu'avant l’examen.

Il faut fermer les yeux et ralentir sa respiration en prenant soin d’expirer plus longtemps que l’on inspire : 

- Compter 1 à l’inspiration. 

- Bloquer votre respiration une seconde en comptant 2. 

- Et compter trois en expirant lentement.

Influencer son monologue intérieur

On est parfois son plus grand ennemi. Votre train de pensée peut vous amener vers un système de pensées négatifs : “Tu es incapable, tu vas encore échouer, tu vas faire plein d’erreurs, etc”. Or, ce discours influence l’expérience émotionnelle d’une situation et favorise la montée du stress et de l’anxiété… et par effet domino la perte de moyens une fois derrière le volant.

“Apprendre à cultiver des phrases encourageantes et apaisantes est la meilleure faveur que vous puissiez vous faire. Et pas juste pour le permis, mais pour le reste de votre vie. Vous pouvez par exemple vous dire : tu vas faire de ton mieux, tu as le droit d’être stressé, tu es capable de l’avoir, tu ne sais pas si tu l’auras, mais tu vas tout donner”, conseille l’expert.